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09.03.2008
La première femme maazoun d'Egypte divise les consciences
A l’occasion de la journée de la femme samedi 8 mars, retour sur la nomination d’Amal Soliman comme "maazoun". Elle est la première musulmane à pouvoir exercer cette profession, qui consiste à sceller les mariages religieux.
Le mois dernier, cette mère de famille de 32 ans et diplômée en Droit accédait à cette fonction, exercée jusqu’à présent exclusivement par des hommes. La polémique n’a pas tardé. L’université d’Al-Azhar, par la voix de son vice-président, le Cheikh Fawzi al-Zafzaf, conteste vivement cette décision en déclarant qu’ "il n'existe pas de textes religieux interdisant à une musulmane d'être maazoun" mais que "quand la femme est en période de menstruation, elle n'a pas le droit d'entrer dans les mosquées, ni de lire le Coran." Raison suffisante pour le refus de l’institution sunnite. Une possible interdiction pour la femme de poser sa main sur celle d’un homme – geste que le maazoun fait pour sceller l’union – est également évoquée pour justifier cette position.
A l’inverse, d’autres considèrent évidemment que cela constitue une réelle avancée pour les droits de la femme et l’égalité des genres en Egypte. "L’Islam prône cette égalité, et c’est une valeur qu’il nous faut appliquer ", déclare Mohamed, étudiant en Droit. "L’école juridique musulmane qui interdit à la femme de poser sa main sur celle d’un homme n’est pas réellement suivie en Egypte, il n’y a donc pas de problème pour qu’une femme soit maazoun", ajoute-t-il avec conviction.
Nomination encouragée par le ministre de la Justice
Dans une société égyptienne dans laquelle le cloisonnement entre sexes reste fort, cette nomination se place dans la continuité d’un mouvement, commencé il y a quelques années, encourageant la nomination de femmes à des postes tels que celui de juge, occupé jusqu’à alors par des hommes. Le ministre de la Justice, Mamduh Meri, ainsi que Ali al-Samman, un responsable laïc du dialogue interreligieux au sein d'institutions islamiques, ont donc appuyé cette décision. Pour Hadir, étudiante en Droit, "la religion doit évoluer avec la société. Sinon, un décalage va se créer petit à petit et les gens seront alors tiraillés entre leur foi et les pratiques sociales courantes qui les entourent."
Plusieurs personnes considèrent également qu’être maazoun n’est qu’une profession comme une autre, et qu’il n’est nullement obligatoire de recourir à ses services pour conclure un mariage religieux. Par conséquent, il n’y aurait aucune raison pour qu’une femme ne puisse pas exercer ce métier, surtout si elle possède toutes les compétences requises.
Enfin, certains considèrent cette féminisation comme un gage de sécurité et de qualité pour les actes effectués. En effet, le maazoun s’occupe de sceller les mariages, mais il est aussi chargé de superviser les divorces. "S’il y a un conflit entre l’homme et la femme, cela permettra peut-être de préserver d’avantage les intérêts de l’épouse et de rendre une décision plus juste", espère Hadir, qui pense que les femmes sont parfois défavorisées dans de telles circonstances.
Il est clair que l'égalité entre les sexes est encore loin de devenir une réalité, que ce soit dans le domaine social ou religieux. D'ailleurs, Ali al-Samman rajoute prudemment qu’ "une femme imam (la personne chargée de conduire la prière dans une mosquée NDLR) c'est une chose tout autre qu'[il] laisse aux spécialistes le soin de débattre."
Benjamin Wiacek
Source : Alif
00:55 Publié dans Droits des femmes , Egypte , Religion , Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note









