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10.05.2008

Le 4 mai à Mahallah...

Alors que l'appel à la grève du 4 mai n'a été que peu ou pas suivi au Caire et dans les grandes villes, voici le témoignage d'une journaliste à Mahalla, là où la grève avait dégénéré en émeutes le 6 avril, causant la mort de 3 personnes et de nombreuses arrestations.

Cette fois-ci, pas d'émeutes, pas de blessés ni de morts, mais une tension réellement palpable...


Il est 5 heures du matin. Nous sommes déjà arrivés à Mahalla El-Kobra. Là où les émeutes étaient les plus chaudes le 6 Avril dernier. En revanche, il parait que la grève est forcément pacifique cette fois-ci : le 4 Mai à Mahalla, rien de particulier. Les Egyptiens n’ont même pas le droit de célébrer l’anniversaire de leur président. Le silence règne, les magasins fermés et la police partout.

Une attente en vain. Le syndicaliste quz nous devions interviewer s’est désisté à la dernière minute : «Je suis épuisé, je ne peux pas descendre de chez moi aujourd’hui.» a lancé-t-il le matin au téléphone.
Décidément, il nous a fait venir jusqu’ici, mais il a eu peur à la dernière minute. La veille, il était d’accord : « les manifestations n’auront pas lieu demain, tout le monde porte un haut noir le matin au boulot. Et un boycott de consommation durera trois jours. Mais si les policiers commencent à lancer des lacrymogènes et de tirer comme le jour du 6, nous réagirons!» affirme-t-il
A 9 heures, seuls certains petits kiosques sont ouverts. La ville est morte. Pas de transports en communs. Rien!
Yeux baissés, les quelques passagers, suivent leurs chemins. Pourtant, les policiers sont partout et soupçonnent tous les passants.
Une voiture immatriculée « Privée le Caire » a soulevé les soupçons : La nôtre!
Un homme en civil note le numéro de la plaque. Il a vu qu’on avait des cameras. Comment faire? Pense-t-on. On se gare relativement loin. A l’ombre pour ne pas attirer l’attention. Mais assez près pour ne rien rater.
Une heure plus tard, une voiture de police s’arrête devant nous, les policiers nous demande «Ce qu’on fait ici?»
Spontanément j’invente une histoire : «Ils sont mes amis, on est venu pour passer la journée ici, mais apparemment ce n’est pas le bon jour! Pas un seul resto ouvert, on a faim.» dis-je en souriant
Ma réponse ne semble pas convaincre le policier, ni son chef qui vient plus tard: Une égyptienne, visiblement pas originaire de Mahalla, deux étrangers et un chauffeur. C’est du déjà vu ! Surtout qu’il n’y a pas longtemps, un journaliste américain et sa traductrice ont été arrêtés sur la même zone.
Il monte en voiture avec nous et on va jusqu'au rond-point El-Chaune, là où une dizaine de grosses voitures de polices installées. Toutes les émeutes du 6 Avril se sont passées ici.

«Vos pièces d’identités!»


On les donne. Ensuite un officier vient me demander de descendre de la voiture. J’obéis.
Effectivement, pour eux, je suis la seule personne responsable : De la situation et de la traduction! Ils ne parlent même pas un mot anglais ces officiers !
Ils me font entrer dans une pièce où se trouve un grand nombre de grands officiers.
Des plats de Kebab et des appétissants sur une grande table. «C’est pourquoi ils sont tous gros!» pensais-je.
Je commence à inventer des scènes, voire faire du théâtre. Mais rien ne les convainc. Surtout après l’arrivée de l’officier qui nous a vus deux jours avant à Mahalla et qui nous a obligés de partir ! La situation se complique. Il me regarde et me dit : «Toi ! Encore une fois!»

«Et si on trouve un seul officier sur vos images !»


Un policier m’accompagne jusqu'à la voiture et la fouille. Il confisque les cameras et ferme la voiture en nous obligeons d’y rester. Quatorze policiers nous entourent. Bloqués nous les trois derrière. Il fait chaud. C’est le tour du chauffeur pour l’interrogatoire.
Le grand officier revient. Et me dit : «Si on trouve un seul officier sur vos images, vous êtes en prison!»
Ensuite il nous demande de donner nos portables. On refuse. Ils insistent. On donne. Il me demande ma carte Sim. Il y a quelques minutes que je l’ai mise dans la poche de mon jean. Ils insistent. J’insiste. Il tir mon sac. Vide tout ce que j’ai sur le toit de la voiture.
Je cris : «Laisse», et je pousse la porte pour descendre. Il frappe fort sur le portier en me fixant le regard aux yeux. Je me calme un peu.
Il fouille tout. Je déteste qu’on fouille dans mes affaires. Je m’énerve encore. Mais je ne craque pas. Il fait sortir mon MP3, dont il ignore l’utilité et me demande si ça film? «Non, c’est pour écouter de la musique» je réponds.
Il donne à un autre mon appareil numérique. Je n’aime pas ça! En plus, ils ne savent même pas comment l’allumer. Je l’allume, et je leur montre qu’il n’y a pas de photos.
Un autre vient, il m’oblige de le suivre, là où se trouvent les deux plus hauts officiers. Il me cuisine. Tant de questions. Tant de menaces : «Vous trois, Si on vous trouve la prochaine fois ici, on vous arrête sans même y penser.»
Je dis : «C’est mon pays, vous m’interdisez de visiter ses gouvernorats», il me dit «Voilà, tu as tout compris. Prochaine fois, il n’y aura pas de merci comme cette fois-ci!»