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20.05.2008
Reporters sans frontières demande la libération du blogueur Kareem El-Beheiri
Kareem El-Beheiri
Reporters sans frontières demande aux autorités égyptiennes de libérer le blogueur Kareem El-Beheiri, arrêté le 6 avril 2008 à Mahalla alors qu’il couvrait une grève touchant l’usine de textile dans laquelle il travaillait. Il est détenu à la prison de Borg El Arab (40 km d’Alexandrie) depuis le 9 avril.
« Kareem El-Beheiri est soumis à de mauvais traitements. Il a commencé une grève de la faim et nous nous inquiétons pour son état de santé. La direction de la prison refuse de le transférer à l’hôpital pour qu’il reçoive les soins adéquats. Nous demandons aux autorités de le libérer en attendant de préciser les charges exactes retenues à son encontre », a déclaré Reporters sans frontières
Dans une lettre adressée à Zakareya Abdel Aziz, directeur de l’organisation rassemblant les juges du Caire, le 18 mai, Kareem El-Beheiri témoigne des mauvais traitements qui lui ont été infligés, ainsi qu’à Tareq Amin et Kamal el-Fayyoumy, deux activistes arrêtés le même jour. « Nous avons été torturés dans les quartiers de sécurité de l’Etat à Mahalla les 6, 7 et 8 avril. Des policiers ont électrocuté Kareem, insulté et battu Tareq Amin et Kamal El-Fayyoumy », écrivent-ils.
Kareem El-Beheiri était ouvrier à l’usine de textile Misr Filature et Tissage de la cité industrielle de Mahalla. Il a perdu son emploi pour « absentéisme » bien que ses employeurs aient reçu les documents confirmant son incarcération. Les autorités lui reprochent d’avoir incité à la grève sur son blog, dans lequel il évoque les actions organisées par les ouvriers égyptiens pour manifester contre leurs mauvaises conditions de vie.
Dans son dernier article, Kareem El-Beheiri écrit : « Il est maintenant sept heures du matin, le 6 avril, et je m’en vais à Mahalla pour couvrir la grève de l’usine. Priez pour moi et j’espère que chacun réussira à montrer les failles du régime égyptien. Kareem El-Beheiri, d’un pays libre : celui des révolutionnaires égyptiens. »
La grève du 6 avril, organisée pour protester contre la vie chère, a été suivie par plusieurs milliers de personnes au Caire et dans la ville industrielle de Mahalla. Un groupe intitulé « 6 avril », créé sur le réseau social Facebook, appelant les Egyptiens à protester par tous les moyens, rassemblait 64 000 membres à la veille des manifestations. L’internaute Esraa Abdel Fattah Ahmed est restée plus de deux semaines en prison pour avoir fait partie de ce groupe. Son inititateur, Ahmed Maher, un ingénieur de 27 ans, a été battu par la police de Mahalla pendant douze heures afin d’obtenir les identifiants du groupe. Son compte a été annulé par Facebook, qui le considérait comme un « spammeur » en raison du nombre important de messages qu’il envoyait aux membres de « 6 avril » pour les inciter à se mobiliser.
« Cette grève organisée sur Internet est une première pour les autorités, qui ne savent pas à qui en imputer la responsabilité. Nous condamnons la détention pendant plusieurs semaines d’individus qui n’ont fait qu’user de leur droit à la liberté d’expression », a conclu l’organisation.
L’Egypte compte six millions d’internautes et la blogosphère y est l’une des plus actives du Moyen-Orient. Depuis les manifestations demandant le départ du président Hosni Moubarak à l’approche de l’élection de 2005, les blogueurs ont pris le relais des médias officiels en publiant des photos et des vidéos. Ils sont aujourd’hui considérés comme une source d’informations à part entière. En janvier 2007, le journaliste Wael Abbas a diffusé des vidéos montrant des policiers qui torturaient des détenus. Ces images ont servi de preuves dans un procès qui a abouti à la condamnation de l’un des officiers à trois ans de prison. C’était la première fois qu’un tel événement se produisait.
Source : RSF
09:35 Publié dans Egypte , Internet , Liberté d'expression , Médias , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.05.2008
Le 4 mai à Mahallah...
Alors que l'appel à la grève du 4 mai n'a été que peu ou pas suivi au Caire et dans les grandes villes, voici le témoignage d'une journaliste à Mahalla, là où la grève avait dégénéré en émeutes le 6 avril, causant la mort de 3 personnes et de nombreuses arrestations.
Cette fois-ci, pas d'émeutes, pas de blessés ni de morts, mais une tension réellement palpable...
Il est 5 heures du matin. Nous sommes déjà arrivés à Mahalla El-Kobra. Là où les émeutes étaient les plus chaudes le 6 Avril dernier. En revanche, il parait que la grève est forcément pacifique cette fois-ci : le 4 Mai à Mahalla, rien de particulier. Les Egyptiens n’ont même pas le droit de célébrer l’anniversaire de leur président. Le silence règne, les magasins fermés et la police partout.
Une attente en vain. Le syndicaliste quz nous devions interviewer s’est désisté à la dernière minute : «Je suis épuisé, je ne peux pas descendre de chez moi aujourd’hui.» a lancé-t-il le matin au téléphone.
Décidément, il nous a fait venir jusqu’ici, mais il a eu peur à la dernière minute. La veille, il était d’accord : « les manifestations n’auront pas lieu demain, tout le monde porte un haut noir le matin au boulot. Et un boycott de consommation durera trois jours. Mais si les policiers commencent à lancer des lacrymogènes et de tirer comme le jour du 6, nous réagirons!» affirme-t-il
A 9 heures, seuls certains petits kiosques sont ouverts. La ville est morte. Pas de transports en communs. Rien!
Yeux baissés, les quelques passagers, suivent leurs chemins. Pourtant, les policiers sont partout et soupçonnent tous les passants.
Une voiture immatriculée « Privée le Caire » a soulevé les soupçons : La nôtre!
Un homme en civil note le numéro de la plaque. Il a vu qu’on avait des cameras. Comment faire? Pense-t-on. On se gare relativement loin. A l’ombre pour ne pas attirer l’attention. Mais assez près pour ne rien rater.
Une heure plus tard, une voiture de police s’arrête devant nous, les policiers nous demande «Ce qu’on fait ici?»
Spontanément j’invente une histoire : «Ils sont mes amis, on est venu pour passer la journée ici, mais apparemment ce n’est pas le bon jour! Pas un seul resto ouvert, on a faim.» dis-je en souriant
Ma réponse ne semble pas convaincre le policier, ni son chef qui vient plus tard: Une égyptienne, visiblement pas originaire de Mahalla, deux étrangers et un chauffeur. C’est du déjà vu ! Surtout qu’il n’y a pas longtemps, un journaliste américain et sa traductrice ont été arrêtés sur la même zone.
Il monte en voiture avec nous et on va jusqu'au rond-point El-Chaune, là où une dizaine de grosses voitures de polices installées. Toutes les émeutes du 6 Avril se sont passées ici.
«Vos pièces d’identités!»
On les donne. Ensuite un officier vient me demander de descendre de la voiture. J’obéis.
Effectivement, pour eux, je suis la seule personne responsable : De la situation et de la traduction! Ils ne parlent même pas un mot anglais ces officiers !
Ils me font entrer dans une pièce où se trouve un grand nombre de grands officiers.
Des plats de Kebab et des appétissants sur une grande table. «C’est pourquoi ils sont tous gros!» pensais-je.
Je commence à inventer des scènes, voire faire du théâtre. Mais rien ne les convainc. Surtout après l’arrivée de l’officier qui nous a vus deux jours avant à Mahalla et qui nous a obligés de partir ! La situation se complique. Il me regarde et me dit : «Toi ! Encore une fois!»
«Et si on trouve un seul officier sur vos images !»
Un policier m’accompagne jusqu'à la voiture et la fouille. Il confisque les cameras et ferme la voiture en nous obligeons d’y rester. Quatorze policiers nous entourent. Bloqués nous les trois derrière. Il fait chaud. C’est le tour du chauffeur pour l’interrogatoire.
Le grand officier revient. Et me dit : «Si on trouve un seul officier sur vos images, vous êtes en prison!»
Ensuite il nous demande de donner nos portables. On refuse. Ils insistent. On donne. Il me demande ma carte Sim. Il y a quelques minutes que je l’ai mise dans la poche de mon jean. Ils insistent. J’insiste. Il tir mon sac. Vide tout ce que j’ai sur le toit de la voiture.
Je cris : «Laisse», et je pousse la porte pour descendre. Il frappe fort sur le portier en me fixant le regard aux yeux. Je me calme un peu.
Il fouille tout. Je déteste qu’on fouille dans mes affaires. Je m’énerve encore. Mais je ne craque pas. Il fait sortir mon MP3, dont il ignore l’utilité et me demande si ça film? «Non, c’est pour écouter de la musique» je réponds.
Il donne à un autre mon appareil numérique. Je n’aime pas ça! En plus, ils ne savent même pas comment l’allumer. Je l’allume, et je leur montre qu’il n’y a pas de photos.
Un autre vient, il m’oblige de le suivre, là où se trouvent les deux plus hauts officiers. Il me cuisine. Tant de questions. Tant de menaces : «Vous trois, Si on vous trouve la prochaine fois ici, on vous arrête sans même y penser.»
Je dis : «C’est mon pays, vous m’interdisez de visiter ses gouvernorats», il me dit «Voilà, tu as tout compris. Prochaine fois, il n’y aura pas de merci comme cette fois-ci!»
10:59 Publié dans Egypte , Liberté d'expression , Médias , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.05.2008
Moubarak fête son 80e anniversaire sans tambour ni trompette
Le président égyptien Hosni Moubarak a discrètement célébré dimanche un 80e anniversaire que ses opposants auraient voulu transformer en journée d'expression du "ras-le-bol" social et politique.
Apparemment très en forme, le raïs égyptien s'est borné à visiter un complexe industriel dans une banlieue du Caire, découpant un gateau d'anniversaire devant un parterre d'ouvriers encadrés par un solide service d'ordre.
"Oui à la production, non au chaos", le quotidien gouvernemental al-Akhbar a résumé à la une le message ainsi délivré par M. Moubarak qui fait face à une de ses pires crises sociales, en 27 années de présidence.
Parvenu au pouvoir en 1981, après l'assassinat par des islamistes du président Anouar al-Sadate, le raïs a toujours opté pour la stabilité et un contrôle sécuritaire sur une société très inégalitaire.
Il avait décidé le 1er mai une augmentation surprise de 30% des salaires des fonctionnaires, coupant l'herbe sous le pied à l'opposition et une nébuleuse de blogueurs, qui avaient symboliquement prôné la grève ce 4 mai.
Cet appel n'aura cependant pas été plus suivi qu'un mot d'ordre similaire contre la vie chère, le 6 avril, pour protester contre la flamblée des prix alimentaires et une pénurie du pain subventionné.
Principale force d'opposition, avec un député sur cinq, les Frères Musulmans l'avaient soutenu. Plus de 10.000 membres de "Facebook", selon un décompte du site internet, avaient appelé à ne pas aller au travail et à se vêtir de noir dimanche.
"L'appel n'a pas été suivi, mais l'avertissement au régime est sérieux", a estimé à l'AFP un politologue réputé, Moustapha Kamel el-Sayyed, professeur à l'Université du Caire.
"Les Egyptiens ne peuvent le manifester mais ils pensent que le règne de Moubarak a duré trop longtemps et qu'il est a bout de souffle", a-t-il dit. Il n'existe aucun sondage d'opinion en Egypte.
Pour sa part, la presse officielle n'a pas lésiné sur la célébration enthousiaste du jour anniversaire. "Ce jour où l'Egypte a connu une nouvelle naissance", titre à sa une Al-Ahram, le plus grand quotidien.
Dans les pages intérieures, des dizaines de publicités payées par des hommes d'affaires louent Hosni Moubarak. "Bon anniversaire, Raïs!", proclame en dernière page d'al-Ahram, Oriental Weavers, le plus grand fabricant de tapis.
La crise alimentaire mondiale frappe de plein fouet l'Egypte, dont 44% des 80 millions d'habitants vit sous ou près du seuil de pauvreté. Le revenu moyen par tête n'est que de 4 dollars par jour.
Trois personnes sont mortes sous les balles de la police lors de la répression d'émeutes qui ont éclaté début avril dans la cité ouvrière de Mahalla, dans le Delta.
Alors que l'inflation court au rythme annuel de 15,8%, le régime a donc décidé de distribuer 15 millions de cartes d'approvisionnement supplémentaires. La hausse de 30% des salaires reste encore à préciser.
Alors que l'alliance avec l'Occident et la paix avec Israël ont été préservées, le président Moubarak aura contenu les Frères Musulmans, désormais présentés comme le parfait repoussoir à plus d'ouverture démocratique.
Le raïs avait donné sur le tard un coup d'accélérateur au libéralisme économique, sinon politique, au profit d'une élite incarnée par son fils cadet Gamal, successeur héréditaire présumé.
Né le 4 mai 1928 à Kafr el-Mosseilha dans une famille de la petite bourgeoisie rurale de la province de Menoufiya, dans le Delta, il avait opté pour l'armée, le creuset de l'élite politique de l'Egypte post-monarchique.
Son règne est déjà le plus long de l'Egypte moderne après celui de son fondateur, Mohamed Ali, au 19e siècle.
Il a toujours été élu avec des pourcentages à la soviétique. Trois fois par plébiscite et la quatrième, en 2005, et pour six ans, au terme de la première présidentielle dite "pluraliste".
Source : AFP
14:00 Publié dans Egypte , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











