29.06.2008

Karim El Baheyri, le blogueur enfermé pour l'exemple


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Arrêté le 6 avril alors qu'il couvrait la manifestation dans une usine de Mahalla, le blogueur Karim El Baheyri est resté détenu pendant 73 jours. Les autorités lui reprochaient d’avoir incité à la grève sur son blog, dans lequel il évoque les actions de révolte organisées par les ouvriers égyptiens. Entretien


LPJ : Dans une lettre, vous temoignez de mauvais traitements infligés lors de votre incarcération. Comment s’est déroulé votre arrestation et votre incarcération ?

Karim El Baheyri : Le 5 avril, j’écrivais mon dernier post sur le blog et je disais à ma mère que je ne reviendrai peut-être pas. Le lendemain, je suis allé couvrir les manifestations à Mahalla. Il y a eu des gens qui sont morts sous la main des policiers et je les ai filmés. J’ai raconté à la BBC au téléphone ce dont j’étais témoin. A 1h30 dans la nuit, ils sont venus me chercher en nombre et m’ont embarqué. Ils ont pris le téléphone et on détruit la caméra. Les trois premiers jours, je suis resté au commissariat sans manger, ni boire, ni dormir et ils m’ont torturé. On a dû me taper 26 heures en tout pour que je réponde à leur question : "Qui a organisé la manifestation ? Qui a créé le groupe sur Facebook ? Qui est Ahmed Hossein ? Quel est son lien avec Kefaya ?" Je n'ai jamais répondu à leur question, je leur disais que je ne savais rien, ce qui est vrai, je n’avais rien à voir avec tout ça, j’étais un simple blogueur qui vennait couvrir l’événement. Moi, je n’ai fait que leur parler de liberté, mais c’est une idée qu’ils ne comprennent pas.

Quelles sont, selon vous, les réelles raisons de votre arrestation ?
Si j'ai été arreté, ce n'est pas à cause des évènements de Mahalla. C’est une excuse. J’ai été arrêté à cause du blog, pour que tous les blogueurs comprennent que cette pratique n’est pas acceptée par le gouvernement. Le gouvernement m'a enfermé car il veut faire de moi un exemple. Mais ce qu’il n’a pas compris, c’est que s'il enferme 10 blogueurs ou 10 opposants, il y en aura 100 autres, s’il en enferme 100, il y en aura 1.000 et ce jusqu’à 80 millions.

Comment expliquez-vous votre libération ?
Mon histoire faisait le tour du monde. Karim commençait à être connu. Beaucoup de gens parlaient de moi et cherchaient où j’étais. Le gouvernement ne voulait pas me faire sortir mais il m’a libéré pour que les gens arrêtent de parler de moi. Il y a eu trop d’articles ou de manifestation pour ma libération. Karim est devenu connu, on ne peut plus le garder caché.

Quel rôle joue Internet dans la prise de parole de l’opposition ?
Internet est un moyen, un chemin pour faire comprendre au peuple ce qu'il nous manque : la liberté. Internet n’est pas l’élément principal d'une révolution, mais il reste essentiel. C'est comme la chicha, on ne peut pas fumer sans le tube et pourtant ce n’est pas l’élément principal. Internet est libre et même si je ne le suis pas, avec cet outil, on ne peut pas avoir peur. Si j’ai peur, je n’écris pas. Et si on m’enferme ou on me tape, ce n’est pas grave, je reviendrai et je continuerai.

Vous vous considérez comme un journaliste libre ?
Non, je suis blogueur. Je suis mon propre manager. J'écris et je décide. Internet est l’avenir du journalisme. La technologie est un moyen pour nous de réaliser nos rêves. La liberté du blogueur n’a pas de limite. Il écrit sur ce qu’il veut, sur ce qu’il sent. Et même si on enferme un blogeur, ça l’endurcit, c'est le gouvernement qui s’affaiblit.

Photo et propos recueillis par Sara HABA.

Source : Le Petit Journal

04.06.2008

Le blogueur Kareem El-Beheiri libéré après 73 jours de détention


Le blogueur Kareem El-Beheiri, détenu à la prison de Borg El Arab (40 km d’Alexandrie), a été libéré le 1er juin 2008. Aucune charge n’a été retenue contre lui. Kareem El-Beheiri, ouvrier de profession, avait été arrêté le 6 avril alors qu’il couvrait une manifestation pour protester contre la vie chère, dans une usine de Mahalla (nord du Caire). Dix jours plus tard, un procureur avait ordonné sa libération, ainsi que celle de deux autres activistes, Tarek Amin et Kamal el-Fayyoumy. Cependant, les trois hommes ont été gardés jusqu’au 1er juin, sans explication.

Kareem El-Beheiri était ouvrier à l’usine de textile Misr Filature et Tissage de la cité industrielle de Mahalla. Il a perdu son emploi pour « absentéisme » alors qu’il était détenu, et bien que ses employeurs aient reçu les documents confirmant son incarcération. Les autorités lui reprochaient d’avoir incité à la grève sur son blog, dans lequel il évoque les actions organisées par les ouvriers égyptiens pour manifester contre leurs mauvaises conditions de vie.

L’Egypte compte six millions d’internautes et la blogosphère y est l’une des plus actives du Moyen-Orient
. Afin de faire descendre les Egyptiens dans les rues, les internautes avaient lancé plusieurs appels à la grève le 6 avril, notamment sur le réseau social Facebook. Le groupe “6 avril” comptait 64 000 membres à la veille des manifestations. Son créateur, Ahmed Maher, un ingénieur de 27 ans, a été battu par la police de Mahalla pendant douze heures afin d’obtenir les identifiants du groupe pour que les autorités puissent l’effacer.

Source : RSF

20.05.2008

Reporters sans frontières demande la libération du blogueur Kareem El-Beheiri

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Kareem El-Beheiri

Reporters sans frontières demande aux autorités égyptiennes de libérer le blogueur Kareem El-Beheiri, arrêté le 6 avril 2008 à Mahalla alors qu’il couvrait une grève touchant l’usine de textile dans laquelle il travaillait. Il est détenu à la prison de Borg El Arab (40 km d’Alexandrie) depuis le 9 avril.

« Kareem El-Beheiri est soumis à de mauvais traitements. Il a commencé une grève de la faim et nous nous inquiétons pour son état de santé. La direction de la prison refuse de le transférer à l’hôpital pour qu’il reçoive les soins adéquats. Nous demandons aux autorités de le libérer en attendant de préciser les charges exactes retenues à son encontre », a déclaré Reporters sans frontières

Dans une lettre adressée à Zakareya Abdel Aziz, directeur de l’organisation rassemblant les juges du Caire, le 18 mai, Kareem El-Beheiri témoigne des mauvais traitements qui lui ont été infligés, ainsi qu’à Tareq Amin et Kamal el-Fayyoumy, deux activistes arrêtés le même jour. « Nous avons été torturés dans les quartiers de sécurité de l’Etat à Mahalla les 6, 7 et 8 avril. Des policiers ont électrocuté Kareem, insulté et battu Tareq Amin et Kamal El-Fayyoumy », écrivent-ils.

Kareem El-Beheiri était ouvrier à l’usine de textile Misr Filature et Tissage de la cité industrielle de Mahalla. Il a perdu son emploi pour « absentéisme » bien que ses employeurs aient reçu les documents confirmant son incarcération. Les autorités lui reprochent d’avoir incité à la grève sur son blog, dans lequel il évoque les actions organisées par les ouvriers égyptiens pour manifester contre leurs mauvaises conditions de vie.

Dans son dernier article, Kareem El-Beheiri écrit : « Il est maintenant sept heures du matin, le 6 avril, et je m’en vais à Mahalla pour couvrir la grève de l’usine. Priez pour moi et j’espère que chacun réussira à montrer les failles du régime égyptien. Kareem El-Beheiri, d’un pays libre : celui des révolutionnaires égyptiens. »

La grève du 6 avril, organisée pour protester contre la vie chère, a été suivie par plusieurs milliers de personnes au Caire et dans la ville industrielle de Mahalla. Un groupe intitulé « 6 avril », créé sur le réseau social Facebook, appelant les Egyptiens à protester par tous les moyens, rassemblait 64 000 membres à la veille des manifestations. L’internaute Esraa Abdel Fattah Ahmed est restée plus de deux semaines en prison pour avoir fait partie de ce groupe. Son inititateur, Ahmed Maher, un ingénieur de 27 ans, a été battu par la police de Mahalla pendant douze heures afin d’obtenir les identifiants du groupe. Son compte a été annulé par Facebook, qui le considérait comme un « spammeur » en raison du nombre important de messages qu’il envoyait aux membres de « 6 avril » pour les inciter à se mobiliser.

« Cette grève organisée sur Internet est une première pour les autorités, qui ne savent pas à qui en imputer la responsabilité. Nous condamnons la détention pendant plusieurs semaines d’individus qui n’ont fait qu’user de leur droit à la liberté d’expression », a conclu l’organisation.

L’Egypte compte six millions d’internautes et la blogosphère y est l’une des plus actives du Moyen-Orient. Depuis les manifestations demandant le départ du président Hosni Moubarak à l’approche de l’élection de 2005, les blogueurs ont pris le relais des médias officiels en publiant des photos et des vidéos. Ils sont aujourd’hui considérés comme une source d’informations à part entière. En janvier 2007, le journaliste Wael Abbas a diffusé des vidéos montrant des policiers qui torturaient des détenus. Ces images ont servi de preuves dans un procès qui a abouti à la condamnation de l’un des officiers à trois ans de prison. C’était la première fois qu’un tel événement se produisait.

Source : RSF

10.05.2008

Le 4 mai à Mahallah...

Alors que l'appel à la grève du 4 mai n'a été que peu ou pas suivi au Caire et dans les grandes villes, voici le témoignage d'une journaliste à Mahalla, là où la grève avait dégénéré en émeutes le 6 avril, causant la mort de 3 personnes et de nombreuses arrestations.

Cette fois-ci, pas d'émeutes, pas de blessés ni de morts, mais une tension réellement palpable...


Il est 5 heures du matin. Nous sommes déjà arrivés à Mahalla El-Kobra. Là où les émeutes étaient les plus chaudes le 6 Avril dernier. En revanche, il parait que la grève est forcément pacifique cette fois-ci : le 4 Mai à Mahalla, rien de particulier. Les Egyptiens n’ont même pas le droit de célébrer l’anniversaire de leur président. Le silence règne, les magasins fermés et la police partout.

Une attente en vain. Le syndicaliste quz nous devions interviewer s’est désisté à la dernière minute : «Je suis épuisé, je ne peux pas descendre de chez moi aujourd’hui.» a lancé-t-il le matin au téléphone.
Décidément, il nous a fait venir jusqu’ici, mais il a eu peur à la dernière minute. La veille, il était d’accord : « les manifestations n’auront pas lieu demain, tout le monde porte un haut noir le matin au boulot. Et un boycott de consommation durera trois jours. Mais si les policiers commencent à lancer des lacrymogènes et de tirer comme le jour du 6, nous réagirons!» affirme-t-il
A 9 heures, seuls certains petits kiosques sont ouverts. La ville est morte. Pas de transports en communs. Rien!
Yeux baissés, les quelques passagers, suivent leurs chemins. Pourtant, les policiers sont partout et soupçonnent tous les passants.
Une voiture immatriculée « Privée le Caire » a soulevé les soupçons : La nôtre!
Un homme en civil note le numéro de la plaque. Il a vu qu’on avait des cameras. Comment faire? Pense-t-on. On se gare relativement loin. A l’ombre pour ne pas attirer l’attention. Mais assez près pour ne rien rater.
Une heure plus tard, une voiture de police s’arrête devant nous, les policiers nous demande «Ce qu’on fait ici?»
Spontanément j’invente une histoire : «Ils sont mes amis, on est venu pour passer la journée ici, mais apparemment ce n’est pas le bon jour! Pas un seul resto ouvert, on a faim.» dis-je en souriant
Ma réponse ne semble pas convaincre le policier, ni son chef qui vient plus tard: Une égyptienne, visiblement pas originaire de Mahalla, deux étrangers et un chauffeur. C’est du déjà vu ! Surtout qu’il n’y a pas longtemps, un journaliste américain et sa traductrice ont été arrêtés sur la même zone.
Il monte en voiture avec nous et on va jusqu'au rond-point El-Chaune, là où une dizaine de grosses voitures de polices installées. Toutes les émeutes du 6 Avril se sont passées ici.

«Vos pièces d’identités!»


On les donne. Ensuite un officier vient me demander de descendre de la voiture. J’obéis.
Effectivement, pour eux, je suis la seule personne responsable : De la situation et de la traduction! Ils ne parlent même pas un mot anglais ces officiers !
Ils me font entrer dans une pièce où se trouve un grand nombre de grands officiers.
Des plats de Kebab et des appétissants sur une grande table. «C’est pourquoi ils sont tous gros!» pensais-je.
Je commence à inventer des scènes, voire faire du théâtre. Mais rien ne les convainc. Surtout après l’arrivée de l’officier qui nous a vus deux jours avant à Mahalla et qui nous a obligés de partir ! La situation se complique. Il me regarde et me dit : «Toi ! Encore une fois!»

«Et si on trouve un seul officier sur vos images !»


Un policier m’accompagne jusqu'à la voiture et la fouille. Il confisque les cameras et ferme la voiture en nous obligeons d’y rester. Quatorze policiers nous entourent. Bloqués nous les trois derrière. Il fait chaud. C’est le tour du chauffeur pour l’interrogatoire.
Le grand officier revient. Et me dit : «Si on trouve un seul officier sur vos images, vous êtes en prison!»
Ensuite il nous demande de donner nos portables. On refuse. Ils insistent. On donne. Il me demande ma carte Sim. Il y a quelques minutes que je l’ai mise dans la poche de mon jean. Ils insistent. J’insiste. Il tir mon sac. Vide tout ce que j’ai sur le toit de la voiture.
Je cris : «Laisse», et je pousse la porte pour descendre. Il frappe fort sur le portier en me fixant le regard aux yeux. Je me calme un peu.
Il fouille tout. Je déteste qu’on fouille dans mes affaires. Je m’énerve encore. Mais je ne craque pas. Il fait sortir mon MP3, dont il ignore l’utilité et me demande si ça film? «Non, c’est pour écouter de la musique» je réponds.
Il donne à un autre mon appareil numérique. Je n’aime pas ça! En plus, ils ne savent même pas comment l’allumer. Je l’allume, et je leur montre qu’il n’y a pas de photos.
Un autre vient, il m’oblige de le suivre, là où se trouvent les deux plus hauts officiers. Il me cuisine. Tant de questions. Tant de menaces : «Vous trois, Si on vous trouve la prochaine fois ici, on vous arrête sans même y penser.»
Je dis : «C’est mon pays, vous m’interdisez de visiter ses gouvernorats», il me dit «Voilà, tu as tout compris. Prochaine fois, il n’y aura pas de merci comme cette fois-ci!»

05.05.2008

Moubarak fête son 80e anniversaire sans tambour ni trompette


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Le président égyptien Hosni Moubarak, le 23 avril 2008 à Berlin

Le président égyptien Hosni Moubarak a discrètement célébré dimanche un 80e anniversaire que ses opposants auraient voulu transformer en journée d'expression du "ras-le-bol" social et politique.

Apparemment très en forme, le raïs égyptien s'est borné à visiter un complexe industriel dans une banlieue du Caire, découpant un gateau d'anniversaire devant un parterre d'ouvriers encadrés par un solide service d'ordre.

"Oui à la production, non au chaos", le quotidien gouvernemental al-Akhbar a résumé à la une le message ainsi délivré par M. Moubarak qui fait face à une de ses pires crises sociales, en 27 années de présidence.

Parvenu au pouvoir en 1981, après l'assassinat par des islamistes du président Anouar al-Sadate, le raïs a toujours opté pour la stabilité et un contrôle sécuritaire sur une société très inégalitaire.

Il avait décidé le 1er mai une augmentation surprise de 30% des salaires des fonctionnaires, coupant l'herbe sous le pied à l'opposition et une nébuleuse de blogueurs, qui avaient symboliquement prôné la grève ce 4 mai.

Cet appel n'aura cependant pas été plus suivi qu'un mot d'ordre similaire contre la vie chère, le 6 avril, pour protester contre la flamblée des prix alimentaires et une pénurie du pain subventionné.

Principale force d'opposition, avec un député sur cinq, les Frères Musulmans l'avaient soutenu. Plus de 10.000 membres de "Facebook", selon un décompte du site internet, avaient appelé à ne pas aller au travail et à se vêtir de noir dimanche.

"L'appel n'a pas été suivi, mais l'avertissement au régime est sérieux", a estimé à l'AFP un politologue réputé, Moustapha Kamel el-Sayyed, professeur à l'Université du Caire.

"Les Egyptiens ne peuvent le manifester mais ils pensent que le règne de Moubarak a duré trop longtemps et qu'il est a bout de souffle", a-t-il dit. Il n'existe aucun sondage d'opinion en Egypte.

Pour sa part, la presse officielle n'a pas lésiné sur la célébration enthousiaste du jour anniversaire. "Ce jour où l'Egypte a connu une nouvelle naissance", titre à sa une Al-Ahram, le plus grand quotidien.

Dans les pages intérieures, des dizaines de publicités payées par des hommes d'affaires louent Hosni Moubarak. "Bon anniversaire, Raïs!", proclame en dernière page d'al-Ahram, Oriental Weavers, le plus grand fabricant de tapis.

La crise alimentaire mondiale frappe de plein fouet l'Egypte, dont 44% des 80 millions d'habitants vit sous ou près du seuil de pauvreté. Le revenu moyen par tête n'est que de 4 dollars par jour.

Trois personnes sont mortes sous les balles de la police lors de la répression d'émeutes qui ont éclaté début avril dans la cité ouvrière de Mahalla, dans le Delta.

Alors que l'inflation court au rythme annuel de 15,8%, le régime a donc décidé de distribuer 15 millions de cartes d'approvisionnement supplémentaires. La hausse de 30% des salaires reste encore à préciser.

Alors que l'alliance avec l'Occident et la paix avec Israël ont été préservées, le président Moubarak aura contenu les Frères Musulmans, désormais présentés comme le parfait repoussoir à plus d'ouverture démocratique.

Le raïs avait donné sur le tard un coup d'accélérateur au libéralisme économique, sinon politique, au profit d'une élite incarnée par son fils cadet Gamal, successeur héréditaire présumé.

Né le 4 mai 1928 à Kafr el-Mosseilha dans une famille de la petite bourgeoisie rurale de la province de Menoufiya, dans le Delta, il avait opté pour l'armée, le creuset de l'élite politique de l'Egypte post-monarchique.

Son règne est déjà le plus long de l'Egypte moderne après celui de son fondateur, Mohamed Ali, au 19e siècle.

Il a toujours été élu avec des pourcentages à la soviétique. Trois fois par plébiscite et la quatrième, en 2005, et pour six ans, au terme de la première présidentielle dite "pluraliste".

Source : AFP

25.04.2008

Nouvelle libération suite à la répression du 6 avril

La créatrice du groupe « 6 avril » sur Facebook, Esraa Abdel Fattah Ahmed, a été libérée le 23 avril. Elle était détenue depuis le 7 avril à la prison Al Kanater, au Caire, bien que le procureur général avait ordonné sa libération le 17 avril.

« Sa libération est principalement due à la pression médiatique et à l’appel que sa mère a lancé au président Hosni Moubarak et à sa femme dans la presse », a affirmé un témoin à Reporters sans frontières. Le 22 avril, la mère d’Esraa Abdel Fattah Ahmed avait fait publier « Du cœur de la mère d’Esraa au cœur de Moubarak, à celui de Suzanne et de Habib al-Adli » dans la presse égyptienne.

Plus de 20 personnes sont toujours derrière les barreaux suite aux arrestations de ce mouvement de protestation, le 6 avril dernier, au Caire. Au moins deux d’entre elles sont des blogueurs. Kareem El Beheiri, l’un des ouvriers de Mahalla (nord du Caire), témoigne des conditions de vie des travailleurs et défend les droits de l’homme sur son blog. Ahmad Badawi critique la ligne conservatrice de la politique du gouvernement. Le 4 mai, jour du 80è anniversaire de Hosni Moubarak, une nouvelle journée de mobilisation est prévue par la blogosphère égyptienne pour appeler à leur libération.

Source : RSF

23.04.2008

Le blogueur Mahamed El Sharkawi libéré...

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Une des affiches de la grève générale du 6 avril...

Mahamed El Sharkawi
a été libéré par les autorités égyptiennes le 21 avril 2008. Il avait été arrêté le 5 avril alors qu’il distribuait des tracts appelant les habitants du Caire à faire grève pour manifester contre la hausse des prix. Il était détenu à la prison du quartier du Marg, au Caire, et avait entamé une grève de la faim depuis quatre jours.

Mahamed El Sharkawi est également directeur de la maison d’édition Malameh (« Les traits ») au Caire, qui a fait l’objet d’une perquisition de la police égyptienne de la morale, le 16 avril, en raison de la publication d’une bande-dessinée, « Metro », écrite dans un langage courant « portant atteinte au comportement public ».

L’initiatrice du groupe « 6 avril » sur le réseau social en ligne Facebook, qui appelait à une mobilisation le jour-même, Esraa Abdel Fattah Ahmed, est toujours détenue alors que le procureur général a ordonné sa libération le 17 avril dernier. Son groupe comptait plus de 65 000 membres.

Kareem El Beheiri, l’un des ouvriers arrêtés lors des manifestations dans la ville de Mahalla (nord du Caire), connu par les articles qu’il publiait sur son blog, est toujours détenu. Il a par ailleurs été licencié sans motif.

Source : RSF

19.04.2008

Une perversion de la justice: 25 personnes emprisonnées en Égypte


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Khairat al Shatir, numéro trois des Frères musulmans, condamné à sept ans d’emprisonnement. (© Amr Nabil/AP/PA Photo)

Mardi, un tribunal militaire égyptien a condamné 25 membres du mouvement d’opposition des Frères musulmans à de la prison, ce qu’Amnesty International considère comme une « perversion de la justice ».

« Il semble que ce procès ait eu un fondement politique dès le départ, lorsque le président Moubarak a déféré les accusés devant un tribunal militaire, faisant fi de la décision d’un tribunal civil qui avait ordonné que certains d’entre eux soient remis en liberté, a déclaré Amnesty International.

« À la lumière des condamnations prononcées ce jour, il ne fait quasiment plus aucun doute que les autorités égyptiennes sont déterminées à saper le principal groupe d'opposition du pays. »

Le tribunal militaire de Haykstep, au nord du Caire, a condamné 25 accusés, dont sept qui ne sont pas incarcérés et ont été jugés par contumace, à des peines d’emprisonnement allant jusqu’à dix ans. Quinze autres inculpés ont été acquittés et doivent être libérés.

Khairat al Shatir, numéro trois des Frères musulmans, et Hassan Malek ont été condamnés à sept ans d’emprisonnement. Seize autres personnes ont été condamnées à passer entre trois et cinq ans derrière les barreaux. Parmi les accusés jugés par contumace, cinq ont été condamnés à dix ans d'emprisonnement et les deux autres à cinq ans.

Tous ont été jugés pour des actes liés au terrorisme et pour blanchiment d’argent – des accusations qu’ils ont niées. Plus précisément, on leur reprochait d’avoir financé une organisation interdite et fourni des armes et un entraînement militaire à des étudiants. Ils peuvent faire appel de leur condamnation auprès de la Haute Cour militaire, mais cette instance n’examine que la forme, pas le fond.

Reporté à deux reprises, ce jugement a été rendu alors même que quelque 200 partisans des Frères musulmans, dont des proches des accusés, auraient été arrêtés par les forces de sécurité au moment où ils tentaient d’entrer dans la caserne où se déroulait le procès.

Les observateurs des droits humains et les médias n’ont pas été autorisés à entrer dans le tribunal. Les avocats de la défense n’ont pas non plus été admis, à l’exception du responsable de l’équipe juridique défendant les accusés.

Des milliers de membres des forces de sécurité auraient été déployés tout le long de l’itinéraire menant au tribunal, à Haykstep, ainsi que le long des routes principales conduisant au centre du Caire, afin d’empêcher toute manifestation hostile au jugement rendu par le tribunal militaire.

Le procès très médiatisé de ces 40 hommes – tous des civils – s’est ouvert le 26 avril 2007, après que le président Moubarak eut ordonné, en février 2007, qu’ils soient jugés par un tribunal militaire. Un tribunal civil avait précédemment rejeté les charges pesant sur 17 d’entre eux.

Les observateurs internationaux envoyés par Amnesty International et d’autres organisations n’ont pas pu assister au procès.

« Faire comparaître des civils devant une juridiction militaire, dont les juges sont des membres des forces armées en service actif, est intrinsèquement injuste et contraire aux normes internationales d’équité des procès, que les accusés disposent ou non d’un droit d’appel, a conclu Amnesty International. Tous les accusés déclarés coupables doivent être rejugés dans les meilleurs délais par une juridiction civile qui respecte les normes internationales d’équité, ou être remis en liberté. »

Source : Amnesty International

18.04.2008

Trois journalistes interpellés et une bande dessinée censurée


Trois journalistes ont été interpellés, le 15 avril 2008, devant la cour militaire du Caire où se tenait le procès de responsables de l’organisation des Frères musulmans. Jorge Fuentelsaz, cameramen de l’agence de presse espagnole EFE, Mou’awwad Goudah, journaliste au bureau du Caire de la chaîne de télévision britannique BBC et Alaa Ameen, cameraman de la chaîne satellitaire Abou Dhabi, ont été arrêtés alors qu’ils couvraient les manifestations organisées en marge du procès. Ils ont été détenus pendant quatre heures et ils se sont vu confisqués leurs enregistrements.

Le même jour, une brigade de la police de la morale a fait une descente au siège de la maison d’édition Malameh, propriété du blogueur Mohamed El Sharkawi. Les policiers ont confisqué la totalité des exemplaires d’une bande dessinée à caractère socio-économique intitulée "Métro". Selon l’association HRinfo, les autorités reprocheraient à la bande dessinée de violer certaines règles de "morale publique". Cette décision est intervenue alors que le blogueur Mohamed El Sharkawi est en détention provisoire depuis le 6 avril 2008 pour avoir apporté son soutien aux "révoltes de la faim".

Source : RSF

17.04.2008

Les victimes de la répression témoignent...

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Des manifestants sont attrapés par un policier en civil le 7 avril 2008 (AFP)

Présentées par les médias égyptiens officiels comme une "orgie de violence et de pillage", les émeutes des 6 et 7 avril étaient pacifiques et ont été férocement réprimées. Une enquête du Daily Star.

Quelques jours après les violents affrontements qui ont opposé forces de sécurité et manifestants à Mahalla El-Kobra [banlieue du Caire], un calme précaire est retombé sur la ville. Seules les vitrines brisées, les toiles de tente synthétiques masquant les façades ravagées des boutiques et l'énorme présence policière témoignent de la colère qui a explosé dans cette petite ville.

Dans une rue parallèle bien éloignée du lieu des manifestations se trouve l'immeuble où Ahmed Mabrouk Hamada, 15 ans, a été abattu alors qu'il se trouvait sur le balcon, au troisième étage. Ali, son père, nous montre l'endroit où son fils a été tué. Nous voyons un grand morceau de tissu couvert du sang d'Ahmed. Sur la gauche, le balcon voisin est criblé par une ligne verticale de ce qui ressemble à des impacts de balles.

"Il était à peu près 23 heures et Ahmed jouait sur son ordinateur, nous raconte Ali. Je lui ai dit : 'Va te coucher Ahmed, tu as classe demain matin.' Il a dit : 'D'accord', a éteint l'ordinateur et est allé au lit. Nous avons entendu du bruit dans la rue. Ahmed s'est levé et on s'est retrouvés sur le balcon à regarder ce qui se passait en bas. On a vu des soldats et des policiers habillés en noir et on a entendu : 'Ouvrez le feu ! Ouvrez le feu !' Mon fils a hurlé de douleur. Je l'ai regardé et j'ai vu qu'il avait la figure couverte de sang. Il s'est écroulé. Nous avons appelé les secours deux fois, mais ils nous ont dit qu'ils ne viendraient pas : alors, on a porté Ahmed jusqu'à la voiture d'un voisin. On l'a emmené jusqu'à la clinique privée El-Hoda. Ils ont refusé de le prendre ; alors, on l'a emmené à l'hôpital Al-Aas, où il est mort."

Selon Mohamed, un ami de la famille, la balle qui a tué Ahmed est entrée dans le crâne par la mâchoire et ressortie par la tempe, ce qui laisse entendre que le coup de feu est parti d'en bas. Le fait que la balle ait parcouru trois étages, puis ait traversé la tête semble indiquer qu'il s'agit d'une balle réelle : les balles en caoutchouc ne sont normalement pas mortelles, sauf à courte portée.

En l'absence d'enquête officielle, il est impossible de dire avec certitude qui a actionné l'arme qui a tué Ahmed. Cependant, l'organisation Human Rights Watch affirme - dans une déclaration condamnant l'usage non justifié d'armes mortelles et d'un recours à la force excessif par les organes de sécurité - que, selon les témoignages qu'elle a recueillis, "seule la police a tiré à balles réelles pendant les manifestations".

Alaa El-Shioumy, l'oncle d'Ahmed, assure que la famille ne souhaite pas de compensation financière pour la mort du jeune homme ; tout ce qu'elle veut, c'est une reconnaissance officielle de responsabilité et des excuses. "Nous voulons une déclaration officielle proclamant que ce qui s'est passé est "haram", mal, injuste… Il suffit qu'un responsable déclare que le ministère de l'Intérieur n'ignorera pas l'événement et mènera une enquête." Et d'ajouter : "La vie humaine n'a-t-elle donc aucune valeur ?" Les journalistes qui ont tenté d'interroger les parents des personnes arrêtées lors des manifestations des 6 et 7 avril ont eux-mêmes été arrêtés la semaine dernière : un geste brutal pour empêcher toute révélation sur les abus commis précédemment par les forces de sécurité.

Les médias publics ont présenté les événements de Mahalla comme une orgie de violence et de pillage, une répétition des événements de janvier 1977, quand l'annonce que le président Anouar El-Sadate allait augmenter le prix du pain avait provoqué des manifestations au cours desquelles des dizaines de personnes avaient été tuées dans des affrontements avec les forces de sécurité. Ces deux jours d'émeutes - déclenchées par la pauvreté, la faim et la colère - avaient été qualifiés de "révolution des voleurs" par les médias officiels.

La place principale de Mahalla ressemble toujours à une garnison : une trentaine de camions de sécurité y sont garés. Des troupes supplémentaires sont venues des régions environnantes pour prêter main-forte. Les forces de sécurité surveillent les portes de toutes les mosquées que nous avons aperçues sur notre route et les bâtiments du gouvernement sont gardés par un nombre impressionnant de policiers anti-émeute, équipés de gaz lacrymogènes.

Le Daily News Egypt [supplément égyptien du Daily Star] s'est également entretenu avec Ahmed El-Sayyed, dont le fils fait partie des quelque 215 personnes actuellement détenues à Mahalla. El-Sayyed affirme que Mahmoud, son fils, a été arrêté lundi dans son magasin et qu'il n'était pas impliqué dans les protestations. "Environ 15 policiers ont arrêté mon fils alors qu'il se trouvait dans son magasin et l'ont emmené. Je ne sais pas du tout où il se trouve en ce moment. Ils ont frappé son collègue à la tête avec une chaise : il a dû avoir dix points de suture. Il m'a raconté ce qui est arrivé à Mahmoud", déclare-t-il.

El-Sayyed fait partie des centaines de parents de détenus qui se sont rassemblés devant le commissariat de police de Mahalla. Il est également de ceux qui ont cherché à aider le journaliste américain James Buck et son interprète, Mohamed Marei, à échapper à l'arrestation quand des policiers ont voulu les appréhender alors qu'ils discutaient avec des manifestants. Buck a été relâché après une nuit de détention, mais son interprète égyptien n'a pas eu la même chance.

L'école Taha Hussein de Mahalla, vandalisée et pillée par des inconnus, a été présentée par les médias nationaux comme une preuve que les émeutes des 6 et 7 avril étaient conduites par des criminels et qu'elles n'étaient pas simplement l'expression du mécontentement populaire - une affirmation qu'El-Sayyed conteste. Selon lui, le pillage de l'école et sa couverture médiatique ont été orchestrés pour appuyer la thèse du gouvernement.

"Les policiers se tenaient à côté. Ils ont observé les jeunes en train de voler les ordinateurs de l'école et s'enfuir. Lorsque l'équipe de la chaîne de télévision nationale [contrôlée par l'Etat] est arrivée, elle s'est dirigée tout droit vers l'école, explique-t-il. Ils n'ont pas filmé les manifestations de protestation, les gens qui ont été battus dans la rue. Ils n'ont filmé que ce qu'ils voulaient filmer."

Sarah Carr

Source : Courrier international, et l'article original sur The Daily Star (le Caire)

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