29.06.2008

Karim El Baheyri, le blogueur enfermé pour l'exemple


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Arrêté le 6 avril alors qu'il couvrait la manifestation dans une usine de Mahalla, le blogueur Karim El Baheyri est resté détenu pendant 73 jours. Les autorités lui reprochaient d’avoir incité à la grève sur son blog, dans lequel il évoque les actions de révolte organisées par les ouvriers égyptiens. Entretien


LPJ : Dans une lettre, vous temoignez de mauvais traitements infligés lors de votre incarcération. Comment s’est déroulé votre arrestation et votre incarcération ?

Karim El Baheyri : Le 5 avril, j’écrivais mon dernier post sur le blog et je disais à ma mère que je ne reviendrai peut-être pas. Le lendemain, je suis allé couvrir les manifestations à Mahalla. Il y a eu des gens qui sont morts sous la main des policiers et je les ai filmés. J’ai raconté à la BBC au téléphone ce dont j’étais témoin. A 1h30 dans la nuit, ils sont venus me chercher en nombre et m’ont embarqué. Ils ont pris le téléphone et on détruit la caméra. Les trois premiers jours, je suis resté au commissariat sans manger, ni boire, ni dormir et ils m’ont torturé. On a dû me taper 26 heures en tout pour que je réponde à leur question : "Qui a organisé la manifestation ? Qui a créé le groupe sur Facebook ? Qui est Ahmed Hossein ? Quel est son lien avec Kefaya ?" Je n'ai jamais répondu à leur question, je leur disais que je ne savais rien, ce qui est vrai, je n’avais rien à voir avec tout ça, j’étais un simple blogueur qui vennait couvrir l’événement. Moi, je n’ai fait que leur parler de liberté, mais c’est une idée qu’ils ne comprennent pas.

Quelles sont, selon vous, les réelles raisons de votre arrestation ?
Si j'ai été arreté, ce n'est pas à cause des évènements de Mahalla. C’est une excuse. J’ai été arrêté à cause du blog, pour que tous les blogueurs comprennent que cette pratique n’est pas acceptée par le gouvernement. Le gouvernement m'a enfermé car il veut faire de moi un exemple. Mais ce qu’il n’a pas compris, c’est que s'il enferme 10 blogueurs ou 10 opposants, il y en aura 100 autres, s’il en enferme 100, il y en aura 1.000 et ce jusqu’à 80 millions.

Comment expliquez-vous votre libération ?
Mon histoire faisait le tour du monde. Karim commençait à être connu. Beaucoup de gens parlaient de moi et cherchaient où j’étais. Le gouvernement ne voulait pas me faire sortir mais il m’a libéré pour que les gens arrêtent de parler de moi. Il y a eu trop d’articles ou de manifestation pour ma libération. Karim est devenu connu, on ne peut plus le garder caché.

Quel rôle joue Internet dans la prise de parole de l’opposition ?
Internet est un moyen, un chemin pour faire comprendre au peuple ce qu'il nous manque : la liberté. Internet n’est pas l’élément principal d'une révolution, mais il reste essentiel. C'est comme la chicha, on ne peut pas fumer sans le tube et pourtant ce n’est pas l’élément principal. Internet est libre et même si je ne le suis pas, avec cet outil, on ne peut pas avoir peur. Si j’ai peur, je n’écris pas. Et si on m’enferme ou on me tape, ce n’est pas grave, je reviendrai et je continuerai.

Vous vous considérez comme un journaliste libre ?
Non, je suis blogueur. Je suis mon propre manager. J'écris et je décide. Internet est l’avenir du journalisme. La technologie est un moyen pour nous de réaliser nos rêves. La liberté du blogueur n’a pas de limite. Il écrit sur ce qu’il veut, sur ce qu’il sent. Et même si on enferme un blogeur, ça l’endurcit, c'est le gouvernement qui s’affaiblit.

Photo et propos recueillis par Sara HABA.

Source : Le Petit Journal

25.04.2008

Nouvelle libération suite à la répression du 6 avril

La créatrice du groupe « 6 avril » sur Facebook, Esraa Abdel Fattah Ahmed, a été libérée le 23 avril. Elle était détenue depuis le 7 avril à la prison Al Kanater, au Caire, bien que le procureur général avait ordonné sa libération le 17 avril.

« Sa libération est principalement due à la pression médiatique et à l’appel que sa mère a lancé au président Hosni Moubarak et à sa femme dans la presse », a affirmé un témoin à Reporters sans frontières. Le 22 avril, la mère d’Esraa Abdel Fattah Ahmed avait fait publier « Du cœur de la mère d’Esraa au cœur de Moubarak, à celui de Suzanne et de Habib al-Adli » dans la presse égyptienne.

Plus de 20 personnes sont toujours derrière les barreaux suite aux arrestations de ce mouvement de protestation, le 6 avril dernier, au Caire. Au moins deux d’entre elles sont des blogueurs. Kareem El Beheiri, l’un des ouvriers de Mahalla (nord du Caire), témoigne des conditions de vie des travailleurs et défend les droits de l’homme sur son blog. Ahmad Badawi critique la ligne conservatrice de la politique du gouvernement. Le 4 mai, jour du 80è anniversaire de Hosni Moubarak, une nouvelle journée de mobilisation est prévue par la blogosphère égyptienne pour appeler à leur libération.

Source : RSF

17.04.2008

Les victimes de la répression témoignent...

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Des manifestants sont attrapés par un policier en civil le 7 avril 2008 (AFP)

Présentées par les médias égyptiens officiels comme une "orgie de violence et de pillage", les émeutes des 6 et 7 avril étaient pacifiques et ont été férocement réprimées. Une enquête du Daily Star.

Quelques jours après les violents affrontements qui ont opposé forces de sécurité et manifestants à Mahalla El-Kobra [banlieue du Caire], un calme précaire est retombé sur la ville. Seules les vitrines brisées, les toiles de tente synthétiques masquant les façades ravagées des boutiques et l'énorme présence policière témoignent de la colère qui a explosé dans cette petite ville.

Dans une rue parallèle bien éloignée du lieu des manifestations se trouve l'immeuble où Ahmed Mabrouk Hamada, 15 ans, a été abattu alors qu'il se trouvait sur le balcon, au troisième étage. Ali, son père, nous montre l'endroit où son fils a été tué. Nous voyons un grand morceau de tissu couvert du sang d'Ahmed. Sur la gauche, le balcon voisin est criblé par une ligne verticale de ce qui ressemble à des impacts de balles.

"Il était à peu près 23 heures et Ahmed jouait sur son ordinateur, nous raconte Ali. Je lui ai dit : 'Va te coucher Ahmed, tu as classe demain matin.' Il a dit : 'D'accord', a éteint l'ordinateur et est allé au lit. Nous avons entendu du bruit dans la rue. Ahmed s'est levé et on s'est retrouvés sur le balcon à regarder ce qui se passait en bas. On a vu des soldats et des policiers habillés en noir et on a entendu : 'Ouvrez le feu ! Ouvrez le feu !' Mon fils a hurlé de douleur. Je l'ai regardé et j'ai vu qu'il avait la figure couverte de sang. Il s'est écroulé. Nous avons appelé les secours deux fois, mais ils nous ont dit qu'ils ne viendraient pas : alors, on a porté Ahmed jusqu'à la voiture d'un voisin. On l'a emmené jusqu'à la clinique privée El-Hoda. Ils ont refusé de le prendre ; alors, on l'a emmené à l'hôpital Al-Aas, où il est mort."

Selon Mohamed, un ami de la famille, la balle qui a tué Ahmed est entrée dans le crâne par la mâchoire et ressortie par la tempe, ce qui laisse entendre que le coup de feu est parti d'en bas. Le fait que la balle ait parcouru trois étages, puis ait traversé la tête semble indiquer qu'il s'agit d'une balle réelle : les balles en caoutchouc ne sont normalement pas mortelles, sauf à courte portée.

En l'absence d'enquête officielle, il est impossible de dire avec certitude qui a actionné l'arme qui a tué Ahmed. Cependant, l'organisation Human Rights Watch affirme - dans une déclaration condamnant l'usage non justifié d'armes mortelles et d'un recours à la force excessif par les organes de sécurité - que, selon les témoignages qu'elle a recueillis, "seule la police a tiré à balles réelles pendant les manifestations".

Alaa El-Shioumy, l'oncle d'Ahmed, assure que la famille ne souhaite pas de compensation financière pour la mort du jeune homme ; tout ce qu'elle veut, c'est une reconnaissance officielle de responsabilité et des excuses. "Nous voulons une déclaration officielle proclamant que ce qui s'est passé est "haram", mal, injuste… Il suffit qu'un responsable déclare que le ministère de l'Intérieur n'ignorera pas l'événement et mènera une enquête." Et d'ajouter : "La vie humaine n'a-t-elle donc aucune valeur ?" Les journalistes qui ont tenté d'interroger les parents des personnes arrêtées lors des manifestations des 6 et 7 avril ont eux-mêmes été arrêtés la semaine dernière : un geste brutal pour empêcher toute révélation sur les abus commis précédemment par les forces de sécurité.

Les médias publics ont présenté les événements de Mahalla comme une orgie de violence et de pillage, une répétition des événements de janvier 1977, quand l'annonce que le président Anouar El-Sadate allait augmenter le prix du pain avait provoqué des manifestations au cours desquelles des dizaines de personnes avaient été tuées dans des affrontements avec les forces de sécurité. Ces deux jours d'émeutes - déclenchées par la pauvreté, la faim et la colère - avaient été qualifiés de "révolution des voleurs" par les médias officiels.

La place principale de Mahalla ressemble toujours à une garnison : une trentaine de camions de sécurité y sont garés. Des troupes supplémentaires sont venues des régions environnantes pour prêter main-forte. Les forces de sécurité surveillent les portes de toutes les mosquées que nous avons aperçues sur notre route et les bâtiments du gouvernement sont gardés par un nombre impressionnant de policiers anti-émeute, équipés de gaz lacrymogènes.

Le Daily News Egypt [supplément égyptien du Daily Star] s'est également entretenu avec Ahmed El-Sayyed, dont le fils fait partie des quelque 215 personnes actuellement détenues à Mahalla. El-Sayyed affirme que Mahmoud, son fils, a été arrêté lundi dans son magasin et qu'il n'était pas impliqué dans les protestations. "Environ 15 policiers ont arrêté mon fils alors qu'il se trouvait dans son magasin et l'ont emmené. Je ne sais pas du tout où il se trouve en ce moment. Ils ont frappé son collègue à la tête avec une chaise : il a dû avoir dix points de suture. Il m'a raconté ce qui est arrivé à Mahmoud", déclare-t-il.

El-Sayyed fait partie des centaines de parents de détenus qui se sont rassemblés devant le commissariat de police de Mahalla. Il est également de ceux qui ont cherché à aider le journaliste américain James Buck et son interprète, Mohamed Marei, à échapper à l'arrestation quand des policiers ont voulu les appréhender alors qu'ils discutaient avec des manifestants. Buck a été relâché après une nuit de détention, mais son interprète égyptien n'a pas eu la même chance.

L'école Taha Hussein de Mahalla, vandalisée et pillée par des inconnus, a été présentée par les médias nationaux comme une preuve que les émeutes des 6 et 7 avril étaient conduites par des criminels et qu'elles n'étaient pas simplement l'expression du mécontentement populaire - une affirmation qu'El-Sayyed conteste. Selon lui, le pillage de l'école et sa couverture médiatique ont été orchestrés pour appuyer la thèse du gouvernement.

"Les policiers se tenaient à côté. Ils ont observé les jeunes en train de voler les ordinateurs de l'école et s'enfuir. Lorsque l'équipe de la chaîne de télévision nationale [contrôlée par l'Etat] est arrivée, elle s'est dirigée tout droit vers l'école, explique-t-il. Ils n'ont pas filmé les manifestations de protestation, les gens qui ont été battus dans la rue. Ils n'ont filmé que ce qu'ils voulaient filmer."

Sarah Carr

Source : Courrier international, et l'article original sur The Daily Star (le Caire)

16.04.2008

25 dirigeants islamistes condamnés...

Deux articles sur la condamnation, hier, de 25 dirigeants des Frères Musulmans par une cour militaire :

Prison ferme pour 25 dirigeants islamistes devant une cour militaire

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Des partisans des Frères musulmans lors d'échauffourées avec la police anti-émeute, le 15 avril 2008 au nord-est du Caire

LE CAIRE — La justice militaire égyptienne a condamné mardi 25 dirigeants des Frères musulmans, accusés de financement d'une organisation interdite, à des peines allant jusqu'à 10 ans de prison, acquittant 15 autres.

Le numéro trois de la confrérie islamiste, Khaïrat al-Chater, important homme d'affaires et responsable financier du mouvement, a été condamné à sept ans de prison, tout comme un autre dirigeant, Hassan Malek, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

Cinq membres des Frères se trouvant à l'étranger ont écopé de 10 ans de prison, tandis que 18 autres ont été condamnés --dont deux par contumace-- à des peines allant de trois à cinq ans, d'après la même source.

Les 15 autres membres de la confrérie jugés dans la même affaire ont été acquittés par le tribunal, situé dans la zone militaire d'Haikstep, au nord-est du Caire.

Les verdicts prononcés par la justice militaire sont sans appel.

Accusés de "blanchiment d'argent et financement d'une organisation interdite", les 40 hommes comparaissaient à huis clos depuis le 26 avril 2007.

La confrérie des Frères musulmans, créée en 1928, a été officiellement interdite en 1954, mais elle est relativement tolérée.

Elle détient un cinquième des sièges au Parlement depuis sa percée historique lors des législatives de 2005. Ses députés avaient alors été élus sous l'étiquette "indépendants".

C'est le président égyptien Hosni Moubarak qui avait décidé de déférer les 40 hommes, détenus depuis décembre 2006, devant la justice militaire.

De nombreuses organisations internationales des droits de l'Homme avaient critiqué l'Egypte pour avoir déféré des civils devant des juridictions militaires.

"Il s'agit d'un jugement injuste et extrêmement étrange. Ce sont des condamnations politiques (...), qui reflètent l'extrême violence du régime envers les Frères musulmans", a déclaré à l'AFP le numéro deux de la confrérie, Mohammed Habib.

Pour Amnesty International, le verdict constitue "une subversion de la justice en Egypte".

"Le verdict d'aujourd'hui ne laisse aucun doute sur le fait que les autorités égyptiennes veulent à tout prix poursuivre leur campagne visant à saper, à tous les niveaux, le principal groupe d'opposition du pays", a dit à l'AFP Nicole Choueiry, porte-parole d'Amnesty International pour le Moyen-Orient.

Les accusés avaient été arrêtés lors d'une rafle dans les rangs de la confrérie, après une démonstration d'arts martiaux d'aspect militaire menée par des étudiants islamistes dans l'enceinte de l'Université islamique d'Al-Azhar, au Caire.

Malgré une décision de la Cour d'assises ordonnant leur libération, M. Chater et d'autres cadres des Frères musulmans ont été maintenus en détention.

La campagne à l'encontre de la confrérie a en particulier visé le financement du mouvement. Les avoirs de M. Chater ont été gelés, ainsi que ceux d'autres hommes d'affaires liés aux Frères musulmans.

Mardi, 34 sympathisants de la confrérie et proches des accusés ont été arrêtés devant le tribunal militaire après s'être heurtés aux forces de sécurité, déployées en masse, a-t-on en outre appris de source de sécurité.

Trois journalistes, dont un photographe de l'agence espagnole EFE, ont été interpellés puis relâchés, a précisé la source de sécurité.

La carte mémoire de l'appareil photo du photographe a toutefois été confisquée par la police, a indiqué à l'AFP le directeur d'EFE au Caire, Javier Otazu.

Le gouvernement égyptien accuse la confrérie de vouloir réactiver son aile militaire et de viser à terme à renverser le régime.

La confrérie a été mise hors-jeu lors des municipales du 8 avril, scrutin qu'elle a boycotté après avoir vu l'écrasante majorité de ses candidats écartés.

Les Etats-Unis se sont dits inquiets des informations faisant état d'arrestations, de harcèlement ou de censure de candidatures à l'occasion des municipales, réclamant plus de liberté en Egypte.

Source : AFP

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«Ce verdict ouvre une période d'incertitude en Egypte»


Décryptage par Diaa Rashwan, chercheur au centre Al-Ahram d’études politiques et stratégiques du Caire.

Comment analysez-vous ce jugement?
C’est un verdict très sévère qui ouvre une période d’incertitude pour l’Egypte. Les deux blocs principaux du pays s’affrontent: le régime, et les Frères, la première force d’opposition. Quant au troisième bloc, le peuple, on ne peut prévoir ses réactions. Il n’est pas organisé, mais la frustration monte, comme l’ont montré les événements récents à Mahalla [où deux personnes ont trouvé la mort dans les affrontements qui ont opposé les 6 et 7 avril forces anti-émeutes et ouvriers réclamant des hausses de salaire].

Comment peut réagir la confrérie?
Ils peuvent encaisser le coup comme d’habitude, ou entrer dans une phase de confrontation avec le régime. Comme tout mouvement politique, la confrérie est tiraillée entre modérés et radicaux. Il faut attendre de voir quelle faction va l’emporter.

Que révèle ce verdict sur l’attitude du régime à l’égard des Frères musulmans?
C’est une étape supplémentaire dans sa stratégie développée depuis les législatives de 2005 [les Frères musulmans avaient remporté un cinquième des sièges du Parlement, sous l’étiquette d’indépendants]. Le régime ne cherche pas à les éradiquer, mais à les exclure du champ politique. Ce qu’ont confirmé les municipales du 8 avril: les Frères n’avaient été autorisés à présenter que 20 candidats sur 52.000 sièges à pourvoir.

Le recours aux tribunaux militaires a été critiqué, mais le processus est allé à son terme…

Le pouvoir a l’habitude de négliger les critiques internes, tout comme celle des ONG internationales. Et vis-à-vis des Etats étrangers, le régime sait qu’il a les mains libres. Il y a une forme d’hypocrisie de l’Europe et des Etats-Unis: le régime égyptien sait très bien qu’à leurs yeux, les intérêts stratégiques et militaires priment sur les Droits de l’homme ou la démocratie.

Laurent Roche

Source : 20minutes

14.04.2008

Des manifestants blessés enchaînés à leurs lits d'hôpital


Plusieurs dizaines d'Egyptiens, blessés au cours de manifestations la semaine dernière dans la cité industrielle de Mahalla, sont maintenus en détention et enchaînés à leurs lits d'hôpital, a dénoncé dimanche une ONG égyptienne des droits de l'Homme.

L'Initiative égyptienne pour les droits personnels (IEDP) souligne qu'enchaîner des blessés à leurs lits d'hôpital constitue une violation de la loi égyptienne, du droit international et de la déontologie médicale. "Les victimes de la brutalité policière doivent être soignées, non pas subir plus de violations", souligne Ragia Elgerzawy, du Programme des droits de l'Homme à l'IEDP. "C'est scandaleux que ces violations soient commises et qu'il n'ait eu aucune objection de la part de magistrats ou des médecins de l'hôpital", a-t-elle poursuivi. Des journaux égyptiens ont publié dimanche des images montrant des blessés lors des manifestations enchaînés par les bras ou les jambes à leurs lits d'hôpital, des pratiques habituelles dénonce l'IEDP. Deux personnes sont mortes au cours de deux jours de manifestations le 6 et le 7 avril qui ont dégénéré en affrontements dans la cité industrielle de Mahalla, dans le delta du Nil. (TAS)

Source : Levif.be

13.04.2008

Neuf journalistes arrêtés pendant les émeutes de Mahalla


Neuf journalistes, des photographes et un caméraman égyptiens font partie des dernières personnes arrêtées dans la ville de Mahalla Al Kubra, à 120 km au nord du Caire, dans le Delta du Nil, a appris la PANA de sources concordantes.

Leur arrestation et garde-à-vue mettent en exergue les difficultés à exercer la profession de journaliste dans ce pays d'Afrique du Nord, où le gouvernement tente d'empêcher la couverture médiatique du soulèvement de la population.

Des affrontements intermittents se sont produits tout au long de la semaine suite à la protestation des employés d'une usine de textile de cette ville du Delta, contre la hausse des prix et la faiblesse des salaires.

Au moins deux personnes, dont un garçon de 15 ans qui suivait depuis son balcon le spectacle, ont été tués dans les heurts entre manifestants et policiers.

Le ministère de l'Information avait déclaré avant la grève générale du 6 avril que les manifestants auraient affaire avec la police.

"Les agences du ministère prendront les mesures fermes immédiates et nécessaires contre toute tentative de manifester, de bloquer la circulation ou d'entraver le fonctionnement du service public" avait averti le ministère dans un communiqué.

L'Egypte a été durement frappée par la hausse des prix des denrées. La Banque mondiale rapporte que l'inflation dans ce pays a fait monter en flèche le coût de la vie, de l'ordre de 50%, depuis le début de l'année. L'institution basée à New York ne prévoit aucune baisse des prix.

Les bloggers égyptiens estiment que ces récentes arrestations démontrent que le gouvernement ne veut pas "qu'on montre des images de cette situation". Sur le célèbre blog, 3arabawy, du journaliste Hossam Al Hamalawy, les heurts entre la police et les citoyens sont dénommés "intafada".

Au moins 20% de cette population de 80 millions d'habitants vivent avec environ 2 dollars US par jour. Face à la stagnation des salaires, les grèves ont éclaté dans tout le pays, notamment dans l'usine nationale de textile de Mahalla.

D'autre part, George Ishaq, leader du mouvement d'opposition Kefaya, a été libéré après deux jours de détention à la police - pour une caution de 10 000 LE.

D'autres activistes sont toujours en garde-à-vue, accusés par le gouvernement "d'incitation à manifester".

Son arrestation, espèrent les activistes, va galvaniser les autres afin qu'ils prennent la tête des manifestations de rue à l'occasion de la grève générale prévue le 4 mai "en l'honneur" de la célébration du 80ème anniversaire du président Hosni Mubarak.

"J'espère que son (Ishaq) arrestation donnera plus de confiance à la population pour continuer à bouger afin de faire changer ce pays" a déclaré un activiste, demandant que son nom ne soit pas révélé.

Panapress


Source : Afriquenligne

05.04.2008

La Crise... et la grève !

Petit tour d'horizon sur le sujet avec ce bon article écrit par une étudiante de L'institut de Sciences Politiques de Paris, installée pour un an en Egypte.

6 avril 2008. Tout le monde ne cesse de parler de l'appel à la grève générale lancé pour demain. Les sites et blogs des différents partis politiques incitent à participer et à manifester. Le site des Frères Musulmans souhaite que demain soit une journée qui fasse bouger les choses en espérant que tous les égyptiens vont s'unir contre les agissements du gouvernement de Moubarak, et protester contre les licenciements, la hausse du pain, l'Etat d'urgence, la répression policière, et demander une hausse des salaires, la baisse des prix pour les aliments de première nécessité, et surtout un meilleur respect des libertés.

Evidemment, le gouvernement égyptien dément les rumeurs et menace : Le ministère de l'Intérieur égyptien a prévenu samedi qu'il prendrait "des mesures immédiates et fermes" contre toute personne qui tenterait de manifester ou de suivre le mot d'ordre de grève lancé pour dimanche contre la cherté de la vie. Dans un communiqué, le ministère accuse des "professionnels de la provocation et des courants illégaux" d'"avoir propagé de fausses rumeurs et appelé à des mouvements de protestation, des manifestations et à la grève dimanche". [...] Il accuse une "catégorie marginale" d'avoir "propagé la peur parmi les citoyens et donné faussement l'impression que ce mouvement (de protestation) interdit par la loi, auquel ils ont appelé par le biais de communiqués et certains moyens de communication, sera suivi". [...] . "La loi est catégorique concernant tout acte visant ou susceptible de provoquer le fonctionnement d'un établissement public, qui menace les intérêts vitaux des citoyens ou qui porte atteinte à l'intérêt public", affirme le ministère dans un communiqué. "Le ministère prévient que, conformément à la loi et pour la protection de l'intérêt public, la stabilité, la sécurité et la paix des citoyens, ses services prendront des mesures immédiates et fermes face à toute tentative de manifestation, de perturbation de la circulation routière ou du travail dans les établissements publics et contre toute tentative d'incitation à de tels actes", conclut le texte. Ce communiqué intervient alors que près de 25.000 employés de l'un des principaux centres de l'indutrie textile du pays à Mahalla (delta du Nil), doivent commencer dimanche une grève ouverte pour réclamer des hausses de salaire. Un appel à une journée de mobilisation a été aussi été lancé pour dimanche, à deux jours des élections municipales, par des groupes d'opposition pour protester contre la flambée des prix et la pénurie de pain subventionné. (source : le Monde)
L'armée a en effet envoyé de nombreux hommes à la périphérie du Caire pour intervenir en cas de débordement. En centre ville et devant l'Université du Caire également, les camions de l'armée sont beaucoup plus nombreux qu'en temps normal...

Cependant à l'ambassade et au consulat français, on dément également les "rumeurs" qui circulent mais on invite tout de même à la prudence, et conseille à tous de ne pas se déplacer dans les centres ville du Caire et d'Alexandrie demain. L'Université américaine au Caire a annoncé qu'elle ferait grève par solidarité avec les problèmes que subissent les égyptiens.

Après les juges, les médecins, les journalistes, les professeurs, voici l'ombre d'une réelle grève générale qui se profile. Avec les problèmes économiques, la crise du pain, qui est ici l'aliment de base de tout égyptien, le ras le bol général au sujet du régime, et les élections municipales de cette semaine, il est possible que les gens se décident à agir, à montrer leur mécontentement.

Certains demeurent sceptiques et ne pensent pas que le mouvement sera suivi. D'autres espèrent déjà une révolte, voire une révolution. Sans aller jusque là, il est possible que la journée de demain soit un réel déclic et que les choses basculent dans le bon sens.

Quoiqu'il en soit, et comme l'expliquait l'article pré-cité, la journée de demain sera un excellent "baromètre social" qui permettra de juger assez précisément la volonté des égyptiens et leur état d'esprit...
Moi je pense que ce pays, et les Egyptiens, ont avant tout besoin d'espoir... Insha'allah !!

08.02.2008

Des séropositifs égyptiens enchaînés à leur lit d’hôpital, dénonce HRW


Des Egyptiens séropositifs ont été arrêtés, torturés et sont actuellement enchaînés à leur lit d’hôpital 23 heures par jour en attendant d’être jugés pour leur homosexualité présumée, a affirmé mercredi l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW).

L’ONG basée à New York a fait état d’une série d’arrestations après l’interpellation de deux hommes en octobre 2007 lors d’une altercation dans une rue du Caire. Ils ont été détenus par la police des moeurs lorsque l’un d’entre eux a dit être séropositif.

En Egypte, bien que l’homosexualité ne soit pas officiellement considérée comme un délit, une loi relative à la "débauche" prévoit des peines de prison et peut être utilisée pour poursuivre les homosexuels. Les deux hommes, dont l’identité n’a pas été dévoilée, disent avoir été battus après avoir refusé de signer des dépositions préparées par la police, puis menottés à un bureau pendant quatre jours et soumis à un examen anal pour "prouver" leur homosexualité.

HRW estime que de tels examens constituent une torture et n’ont aucune base médicale.

Des mois plus tard, les deux hommes sont toujours enchaînés à leur lit d’hôpital 23 heures par jour en attendant que le Procureur général statue sur leur homosexualité, d’après HRW, qui ajoute que deux autres hommes, dont les coordonnées ont été trouvées sur les deux premiers, ont également été arrêtés.

En novembre, quatre autres hommes ont été arrêtés et sont poursuivis "apparemment seulement parce qu’ils se trouvaient dans un logement auparavant occupé par l’une des personnes arrêtées précédemment", affirme HRW.

L’un des quatre hommes aurait été battu par la police et tous auraient été privés de nourriture et de couvertures durant les quatre premiers jours de leur détention. Ils ont été soumis à un test HIV sans leur consentement. "Des gens comme vous devraient être brûlés vivants. Vous ne méritez pas de vivre", aurait affirmé un responsable à l’un d’eux, séropositif, selon HRW.

Ces quatre hommes ont été condamnés à un an de prison pour "débauche" et l’un d’entre eux est également enchaîné à son lit d’hôpital 23 heures par jour, selon HRW. "Le gouvernement devrait cesser les arrestations arbitraires basées sur (l’accusation de) sida et prendre des mesures pour mettre fin aux préjugés et à la désinformation sur le sida, a affirmé HRW. Ces arrestations et ces procès choquants incarnent l’ignorance et l’injustice". "L’Egypte met en jeu non seulement sa réputation à l’international mais aussi sa propre population si elle répond à l’épidémie de sida avec des peines de prison au lieu de mesures de prévention et de soins", selon Scott Long, de HRW.

"Ces cas montrent que la police égyptienne agit sur la base de la dangereuse croyance que le sida n’est pas une maladie devant être traitée mais un crime devant être puni", poursuit-il. Contactées par l’AFP, les autorités égyptiennes n’ont pas souhaité réagir.

Souvent traitée de pathologie occidentale et assimilée à un comportement contre nature, l’homosexualité reste un tabou majeur dans l’écrasante majorité du monde arabe, où certains pays la punissent de la peine de mort.

La torture dans les prisons et postes de police égyptiens est décrite comme systématique par des ONG locales et internationales, ce que dément le ministère de l’Intérieur qui n’évoque que des incidents isolés.

Source : Al Oufok

Voir également ces Articles de Afrik.com, la Tribune, l'AFP et le Courrier Internationnal

06.02.2008

Une journaliste et un photographe de l’Agence France-Presse empêchés de travailler au poste frontière de Rafah



AFP : Le 3 février 2008, Inas Belaïba et Khaled Dessouki, de l’Agence France-Presse (AFP), ont été interpellés par des policiers égyptiens alors qu’ils couvraient le passage de Palestiniens au poste frontière de Rafah, dans le Sinaï. Les deux correspondants ont été interrogés pendant deux heures et demie avant d’être contraints d’effacer les photos qu’ils avaient prises. Ils ont également dû signer un document dans lequel ils affirmaient avoir travaillé sans autorisation préalable. Les agents les ont menacés de poursuites judiciaires pour “violation de la sécurité nationale” devant un tribunal militaire s’ils étaient de nouveau arrêtés.

Source : RSF

13.01.2008

Arrestation musclée

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Le policier emmène l'homme sans ménagement

Hier matin, je me baladais sur la corniche vers 8h30 quand, en contrebas, sur un des embarcadères de felouques à l'endroit où je me trouvais, je vois un agent de police crier sur un homme, encerclé par trois autres apparemment en colère.

Au bout de quelques minutes, le policier lui attrapa la main et essaya de l'emmener. L'homme ne voulait visiblement pas le suivre, il essaye de se débattre mais le policier lui tordit le bras pour le calmer.

L'homme portait un tee-shirt sale, un pantalon troué, de vieilles sandales qu'il perdit en essayant de partir. Il ne devait pas être dangereux car le policier gardait son fusil mitrailleur dans son dos sans jamais y toucher. Cependant, il était assez brusque avec l'homme.

Quand celui-ci voulut revenir parler avec les deux autres hommes, le policier le mit à terre, le releva et le jeta violemment contre un mur plusieurs fois en criant. Puis il l'aida de nouveau à le releva, lui sera le bras et le força à avancer avec la plus grande "délicatesse" possible...

L'homme réussit plusieurs fois à se libérer de l'étreinte et continua à avancer tout de même - il souhaitait simplement pouvoir marcher sans avoir le bras tordu - mais à chaque fois l'agent recommençait.

Ils finirent par partir ainsi, le policier criant toujours sur l'homme qui tordait pour essayer de marcher correctement...