18.04.2008

Trois journalistes interpellés et une bande dessinée censurée


Trois journalistes ont été interpellés, le 15 avril 2008, devant la cour militaire du Caire où se tenait le procès de responsables de l’organisation des Frères musulmans. Jorge Fuentelsaz, cameramen de l’agence de presse espagnole EFE, Mou’awwad Goudah, journaliste au bureau du Caire de la chaîne de télévision britannique BBC et Alaa Ameen, cameraman de la chaîne satellitaire Abou Dhabi, ont été arrêtés alors qu’ils couvraient les manifestations organisées en marge du procès. Ils ont été détenus pendant quatre heures et ils se sont vu confisqués leurs enregistrements.

Le même jour, une brigade de la police de la morale a fait une descente au siège de la maison d’édition Malameh, propriété du blogueur Mohamed El Sharkawi. Les policiers ont confisqué la totalité des exemplaires d’une bande dessinée à caractère socio-économique intitulée "Métro". Selon l’association HRinfo, les autorités reprocheraient à la bande dessinée de violer certaines règles de "morale publique". Cette décision est intervenue alors que le blogueur Mohamed El Sharkawi est en détention provisoire depuis le 6 avril 2008 pour avoir apporté son soutien aux "révoltes de la faim".

Source : RSF

17.04.2008

Les victimes de la répression témoignent...

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Des manifestants sont attrapés par un policier en civil le 7 avril 2008 (AFP)

Présentées par les médias égyptiens officiels comme une "orgie de violence et de pillage", les émeutes des 6 et 7 avril étaient pacifiques et ont été férocement réprimées. Une enquête du Daily Star.

Quelques jours après les violents affrontements qui ont opposé forces de sécurité et manifestants à Mahalla El-Kobra [banlieue du Caire], un calme précaire est retombé sur la ville. Seules les vitrines brisées, les toiles de tente synthétiques masquant les façades ravagées des boutiques et l'énorme présence policière témoignent de la colère qui a explosé dans cette petite ville.

Dans une rue parallèle bien éloignée du lieu des manifestations se trouve l'immeuble où Ahmed Mabrouk Hamada, 15 ans, a été abattu alors qu'il se trouvait sur le balcon, au troisième étage. Ali, son père, nous montre l'endroit où son fils a été tué. Nous voyons un grand morceau de tissu couvert du sang d'Ahmed. Sur la gauche, le balcon voisin est criblé par une ligne verticale de ce qui ressemble à des impacts de balles.

"Il était à peu près 23 heures et Ahmed jouait sur son ordinateur, nous raconte Ali. Je lui ai dit : 'Va te coucher Ahmed, tu as classe demain matin.' Il a dit : 'D'accord', a éteint l'ordinateur et est allé au lit. Nous avons entendu du bruit dans la rue. Ahmed s'est levé et on s'est retrouvés sur le balcon à regarder ce qui se passait en bas. On a vu des soldats et des policiers habillés en noir et on a entendu : 'Ouvrez le feu ! Ouvrez le feu !' Mon fils a hurlé de douleur. Je l'ai regardé et j'ai vu qu'il avait la figure couverte de sang. Il s'est écroulé. Nous avons appelé les secours deux fois, mais ils nous ont dit qu'ils ne viendraient pas : alors, on a porté Ahmed jusqu'à la voiture d'un voisin. On l'a emmené jusqu'à la clinique privée El-Hoda. Ils ont refusé de le prendre ; alors, on l'a emmené à l'hôpital Al-Aas, où il est mort."

Selon Mohamed, un ami de la famille, la balle qui a tué Ahmed est entrée dans le crâne par la mâchoire et ressortie par la tempe, ce qui laisse entendre que le coup de feu est parti d'en bas. Le fait que la balle ait parcouru trois étages, puis ait traversé la tête semble indiquer qu'il s'agit d'une balle réelle : les balles en caoutchouc ne sont normalement pas mortelles, sauf à courte portée.

En l'absence d'enquête officielle, il est impossible de dire avec certitude qui a actionné l'arme qui a tué Ahmed. Cependant, l'organisation Human Rights Watch affirme - dans une déclaration condamnant l'usage non justifié d'armes mortelles et d'un recours à la force excessif par les organes de sécurité - que, selon les témoignages qu'elle a recueillis, "seule la police a tiré à balles réelles pendant les manifestations".

Alaa El-Shioumy, l'oncle d'Ahmed, assure que la famille ne souhaite pas de compensation financière pour la mort du jeune homme ; tout ce qu'elle veut, c'est une reconnaissance officielle de responsabilité et des excuses. "Nous voulons une déclaration officielle proclamant que ce qui s'est passé est "haram", mal, injuste… Il suffit qu'un responsable déclare que le ministère de l'Intérieur n'ignorera pas l'événement et mènera une enquête." Et d'ajouter : "La vie humaine n'a-t-elle donc aucune valeur ?" Les journalistes qui ont tenté d'interroger les parents des personnes arrêtées lors des manifestations des 6 et 7 avril ont eux-mêmes été arrêtés la semaine dernière : un geste brutal pour empêcher toute révélation sur les abus commis précédemment par les forces de sécurité.

Les médias publics ont présenté les événements de Mahalla comme une orgie de violence et de pillage, une répétition des événements de janvier 1977, quand l'annonce que le président Anouar El-Sadate allait augmenter le prix du pain avait provoqué des manifestations au cours desquelles des dizaines de personnes avaient été tuées dans des affrontements avec les forces de sécurité. Ces deux jours d'émeutes - déclenchées par la pauvreté, la faim et la colère - avaient été qualifiés de "révolution des voleurs" par les médias officiels.

La place principale de Mahalla ressemble toujours à une garnison : une trentaine de camions de sécurité y sont garés. Des troupes supplémentaires sont venues des régions environnantes pour prêter main-forte. Les forces de sécurité surveillent les portes de toutes les mosquées que nous avons aperçues sur notre route et les bâtiments du gouvernement sont gardés par un nombre impressionnant de policiers anti-émeute, équipés de gaz lacrymogènes.

Le Daily News Egypt [supplément égyptien du Daily Star] s'est également entretenu avec Ahmed El-Sayyed, dont le fils fait partie des quelque 215 personnes actuellement détenues à Mahalla. El-Sayyed affirme que Mahmoud, son fils, a été arrêté lundi dans son magasin et qu'il n'était pas impliqué dans les protestations. "Environ 15 policiers ont arrêté mon fils alors qu'il se trouvait dans son magasin et l'ont emmené. Je ne sais pas du tout où il se trouve en ce moment. Ils ont frappé son collègue à la tête avec une chaise : il a dû avoir dix points de suture. Il m'a raconté ce qui est arrivé à Mahmoud", déclare-t-il.

El-Sayyed fait partie des centaines de parents de détenus qui se sont rassemblés devant le commissariat de police de Mahalla. Il est également de ceux qui ont cherché à aider le journaliste américain James Buck et son interprète, Mohamed Marei, à échapper à l'arrestation quand des policiers ont voulu les appréhender alors qu'ils discutaient avec des manifestants. Buck a été relâché après une nuit de détention, mais son interprète égyptien n'a pas eu la même chance.

L'école Taha Hussein de Mahalla, vandalisée et pillée par des inconnus, a été présentée par les médias nationaux comme une preuve que les émeutes des 6 et 7 avril étaient conduites par des criminels et qu'elles n'étaient pas simplement l'expression du mécontentement populaire - une affirmation qu'El-Sayyed conteste. Selon lui, le pillage de l'école et sa couverture médiatique ont été orchestrés pour appuyer la thèse du gouvernement.

"Les policiers se tenaient à côté. Ils ont observé les jeunes en train de voler les ordinateurs de l'école et s'enfuir. Lorsque l'équipe de la chaîne de télévision nationale [contrôlée par l'Etat] est arrivée, elle s'est dirigée tout droit vers l'école, explique-t-il. Ils n'ont pas filmé les manifestations de protestation, les gens qui ont été battus dans la rue. Ils n'ont filmé que ce qu'ils voulaient filmer."

Sarah Carr

Source : Courrier international, et l'article original sur The Daily Star (le Caire)

15.04.2008

Gamal al-Banna prône une nouvelle vision de l’Islam


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Gamal al-Banna dans son bureau (Vivien Pertusot)

A 88 ans, Gamal al-Banna, frère cadet du fondateur des Frères musulmans, met sur pied une nouvelle organisation : la Fondation pour la Renaissance Islamique. C'est le fruit de soixante années de réflexion sur l’Islam, pour mieux le faire renaître.

Gamal al-Banna accueille ses hôtes dans son appartement, d’où il sort peu. Sur son bureau s’accumulent des piles de livres et de feuilles de papier. Les murs sont tapissés de livres, la lumière est tamisée. Dans cette antre du savoir, il présente ses positions avec une vivacité d’esprit étonnante.
Depuis la publication en 1946 d’Une Nouvelle démocratie, il n’a cessé d’écrire sur des sujets aussi variés que le droit des femmes ou la République de Weimar. Il a peu à peu affiné sa vision de la société idéale. Une société "où la religion doit quitter le domaine du politique", où l’interprétation du Coran est offerte à tous. "Le Coran est un guide en lui-même", dont l’harmonie musicale est aussi "puissante qu’une symphonie de Beethoven", explique-t-il.
Al-Banna perçoit la société musulmane comme une société de justice. Il reflète ici une pensée islamique traditionnelle où la justice est plus importante que les libertés. C’est la clé "d’une société raisonnable et accomplie" selon lui. Pour cela, aucun besoin de l’Islam dans la sphère publique ; il faut des ONG, des syndicats, des partis politiques.

Selon lui, les jurisprudences islamiques établissent des "lignes fixes"

Le Coran offre une liberté d’interprétation suffisamment large pour trouver des réponses aux questions actuelles. Ainsi énonce-t-il douze principes dans le manifeste de la Fondation pour la Renaissance Islamique qu’il dit être tirés directement du Coran. Il revendique que l’objectif de l’Islam est de préparer l’être humain à hériter de la Terre, que l’interprétation du Coran doit être adaptée à l’époque dans laquelle nous vivons.
A l’opposé des revendications de son frère Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans - "qui échoueront" clame-t-il, il prône un abandon de "la notion insoutenable que l’Islam doit être à la source et gouverner tous les aspects des actions et pensées humaines". Il se prononce en faveur de la liberté d’expression et de croyance et de l’égalité entre hommes et femmes, car ces dernières ont souffert de textes salafistes fondés "sur des paroles de Muhammad fabriquées ou dont l’origine n’est pas certaine".
Mais, Gamal al-Banna est pragmatique. Il ne travaille pas pour la génération actuelle. Il donne cinquante ans à ses idées avant qu’elles ne puissent se répandre complètement. Il s'y est résolu : "C’est très dur de faire évoluer les choses en matière de tradition et de religion."

Vivien PERTUSOT

Source : le Petit Journal

13.04.2008

Neuf journalistes arrêtés pendant les émeutes de Mahalla


Neuf journalistes, des photographes et un caméraman égyptiens font partie des dernières personnes arrêtées dans la ville de Mahalla Al Kubra, à 120 km au nord du Caire, dans le Delta du Nil, a appris la PANA de sources concordantes.

Leur arrestation et garde-à-vue mettent en exergue les difficultés à exercer la profession de journaliste dans ce pays d'Afrique du Nord, où le gouvernement tente d'empêcher la couverture médiatique du soulèvement de la population.

Des affrontements intermittents se sont produits tout au long de la semaine suite à la protestation des employés d'une usine de textile de cette ville du Delta, contre la hausse des prix et la faiblesse des salaires.

Au moins deux personnes, dont un garçon de 15 ans qui suivait depuis son balcon le spectacle, ont été tués dans les heurts entre manifestants et policiers.

Le ministère de l'Information avait déclaré avant la grève générale du 6 avril que les manifestants auraient affaire avec la police.

"Les agences du ministère prendront les mesures fermes immédiates et nécessaires contre toute tentative de manifester, de bloquer la circulation ou d'entraver le fonctionnement du service public" avait averti le ministère dans un communiqué.

L'Egypte a été durement frappée par la hausse des prix des denrées. La Banque mondiale rapporte que l'inflation dans ce pays a fait monter en flèche le coût de la vie, de l'ordre de 50%, depuis le début de l'année. L'institution basée à New York ne prévoit aucune baisse des prix.

Les bloggers égyptiens estiment que ces récentes arrestations démontrent que le gouvernement ne veut pas "qu'on montre des images de cette situation". Sur le célèbre blog, 3arabawy, du journaliste Hossam Al Hamalawy, les heurts entre la police et les citoyens sont dénommés "intafada".

Au moins 20% de cette population de 80 millions d'habitants vivent avec environ 2 dollars US par jour. Face à la stagnation des salaires, les grèves ont éclaté dans tout le pays, notamment dans l'usine nationale de textile de Mahalla.

D'autre part, George Ishaq, leader du mouvement d'opposition Kefaya, a été libéré après deux jours de détention à la police - pour une caution de 10 000 LE.

D'autres activistes sont toujours en garde-à-vue, accusés par le gouvernement "d'incitation à manifester".

Son arrestation, espèrent les activistes, va galvaniser les autres afin qu'ils prennent la tête des manifestations de rue à l'occasion de la grève générale prévue le 4 mai "en l'honneur" de la célébration du 80ème anniversaire du président Hosni Mubarak.

"J'espère que son (Ishaq) arrestation donnera plus de confiance à la population pour continuer à bouger afin de faire changer ce pays" a déclaré un activiste, demandant que son nom ne soit pas révélé.

Panapress


Source : Afriquenligne

12.04.2008

Cinq hommes condamnés pour homosexualité

Cinq hommes reconnus coupables d'homosexualité ont été condamnés à trois ans de prison et trois ans de mise à l'épreuve sous surveillance policière en Egypte, a-t-on appris mercredi de source judiciaire. Quatre d'entre eux sont séropositifs.

Selon l'avocat des accusés, Me Adel Ramadan, le juge a déclaré les suspects coupables de "pratiques habituelles de débauche", expression utilisée par le système judiciaire égyptien pour désigner des rapports homosexuels librement consentis.

Une centaine de groupes de défense des droits de l'Homme ont dénoncé le procès, estimant que les autorités étaient mues par l'ignorance et la peur du SIDA et que cela risquait de saper les efforts réalisés dans la lutte contre cette maladie.

Source : Yahoo news

11.04.2008

Arrestation au Caire d’un leader de l’opposition égyptienne


La principale figure de l’opposition égyptienne, George Ishaq, a été arrêté mercredi au Caire et inculpé pour "incitation à manifester", a-t-on appris jeudi dans la capitale égyptienne.

Son arrestation a provoqué un choc parmi les militants de tout le pays qui considèrent cet acte comme une tentative désespérée du gouvernement de réduire au silence une opposition déjà divisée.

Leader de l’organisation Kefaya et très connu pour son franc-parler, M. Ishaq avait apporté son soutien dimanche dernier à la grève générale décrétée sur l’ensemble du territoire national. “Nous sommes déçus de ce qui est arrivé, mais nos points de vue se feront au moins entendre”, avait-il déclaré dimanche.

Il avait la très forte conviction que si un grand nombre de personnes décidait de sortir dans la rue et, ce faisant, de suivre le mot d’ordre de grève, cela pourrait provoquer le changement en Egypte.

“Il faut considérer ce jour comme un début annonciateur de nouveaux épisodes. Le gouvernement a été contraint de déployer des milliers d’éléments dans la rue pour nous empêcher de mettre à nu ses échecs”, avait ajouté M. Ishaq.

L’avocat de M. Ishaq, Me Zeyad El Elaimi, a déclaré que son client se trouve dans un commissariat de Police où il est interrogé depuis mercredi soir.

L’atmosphère demeure tendue en Egypte, quatre jours après l’appel lancé par les groupes de l’opposition, en particulier le mouvement Kefaya, pour l’organisation d’une grève générale.

Même si la grève de dimanche dernier n’a pas réussi à cause de l’intervention de la¨Police, de nombreux Egyptiens estiment que la poursuite du mouvement est révélatrice du besoin de changement.

Source : Afrik.com

Au moins trois blogueurs arrêtés lors des manifestations du 6 avril : Reporters sans frontières appelle à leur libération



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Affiche pour la Grève et la Manifestation du 6 avril

Reporters sans frontières condamne l’arrestation de trois blogueurs lors des manifestations du 6 avril dans la région du Caire contre le coût trop élevé de la vie en Egypte. Esraa Abdel Fattah Ahmed, Mahamed El Sharkawi et Kareem El Beheiri ont été arrêtés entre le 5 et le 7 avril. Ils sont accusés d’avoir "formé un groupe de plus de cinq personnes susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique", "saccagé des établissements publics", "outragé des fonctionnaires de police" et "tenté de s’introduire dans des banques". Ils seront détenus au moins deux semaines pour "interrogatoire".

"Ces arrestations sont abusives. Les blogueurs ont soutenu la grève, qui est un droit en Egypte. Ils ont demandé aux Egyptiens d’être habillés en noir, de suspendre des drapeaux égyptiens aux balcons et de ne rien acheter dans les commerces le 6 avril 2008. Le gouvernement ignore qui est à l’origine de ce mouvement car il est né Internet. Du coup, il réprime quiconque est suceptible d’avoir diffusé l’appel à la grève et les blogueurs sont en première ligne. Nous demandons aux autorités de les libérer", a déclaré l’organisation.

Le 5 avril au soir, le blogueur Mahamed El Sharkawi a été arrêté car il distribuait des tracts concernant la grève du lendemain dans les rues du Caire. Il est actuellement détenu à la prison du quartier Marg du Caire.

Le 7 avril, Esraa Adbel Fattah Ahmed a été arrêtée par les autorités, en raison du rôle qu’elle a joué lors de la mobilisation. Elle est la créatrice du groupe "6 avril" sur le réseau social Facebook qui a recueilli l’adhésion de plus de 65 000 membres entre le 22 mars et le 6 avril. Elle est détenue à la prison Al Kanater du Caire. Un groupe "Free Esraa" s’est créé le 8 avril sur Facebook pour appeler à sa libération. Il compte déjà plus de 2 000 membres.

Sur le forum de "6 avril", Kareem El Beheiri avait tenté de justifier la nécessité d’organiser une grève pour dénoncer la flambée des prix, la pénurie de pain, le chômage et les promesses du gouvernement non tenues. Blogueur, il est également ouvrier dans l’usine de Mahalla (au nord du Caire) qui a connu la plus grosse mobilisation. Trois mille ouvriers ont manifesté contre la hausse des prix. "Il a été arrêté car son blog lui a permis de se faire connaître. Les policiers ont arrêté ceux qu’ils connaissaient car ils ne savaient pas qui, exactement, était à l’origine du désordre", a confié l’un des témoins de cette arrestation à Reporters sans frontières. Lors de son arrestation, Kareem El-Beiheiri a été battu et électrocuté.

Lors de cette grève du 6 avril, au moins 250 manifestants ont été interpellés. Les blogueurs égyptiens ont décidé d’organiser un rassemblement le 12 avril au Caire pour protester contre ces arrestations.

Source : RSF

09.04.2008

Témoignages en direct...

Voici un témoignage détaillé de la journée de dimanche :

La grève générale annoncée pour le dimanche 6 avril a été légèrement suivi, mais les importantes manifestations attendues n’ont pas eu lieu.

Vers midi, bien qu’en semaine, les rues du centre-ville sont presque désertes. Trottoirs vides, rues sans embouteillages, on se croirait une après-midi de Ramadan. Le khamsin se fait violent, et le ciel, d’une couleur ocre, est couvert. Le quartier est complètement contrôlé par un important dispositif policier. Des dizaines de camions des forces spéciales sont stationnés dans les grandes artères, et des groupes d’une vingtaine d’hommes sont déployés un peu partout. On croise aussi de nombreux policiers en civil et leurs indicateurs – « les plus dangereux ! » disent certains. En effet, si les policiers sont facilement reconnaissables – généralement une veste en cuir et le même pantalon – les hommes recrutés par la police se mélangent plus facilement à la foule, d’autant plus que certains sont en galabeyya… Et tous empêchent les passants de s’arrêter dès qu’un petit attroupement se forme.

Sur la place Tahrir, on entend un homme crier depuis l’intérieur d’un camion de police. « Kefaya ! » hurle-t-il – nom d’un parti d’opposition qui signifie « ça suffit ». Il frappe contre les parois du camion qui est secoué sous l’impact des coups. Même sans comprendre ce qu’il hurle, on peut réellement sentir la crainte et la colère qu’il ressent, et l’on imagine sans peine que le pire n’a pas encore eu lieu pour lui… D’un coup, les choses s’accélèrent : quelques policiers saisissent un homme et une femme d’origine asiatique et les trainent de force dans un fourgon. L’autre homme continue de crier des slogans tels que « A bas Moubarak !! » Aussitôt, une dizaine d’hommes nous entourent, nous prennent par le bras, refusent catégoriquement les photos et nous ordonnent sans ménagement de quitter les lieux au plus vite – sous peine d’être surement emmenés à notre tour. La tension est montée d’un cran et le fait de voir deux étrangers ainsi arrêtés par la police nous fait bien sentir que malgré le calme apparent, les choses peuvent dégénérer à tout moment. Les magasins ferment tous leurs vitrines dans la demi-heure qui suit. Le fourgon partira peu après et reviendra, vide, une heure plus tard… Tout est oublié, il ne s’est rien passé, on n’a rien vu.

A l’Université du Caire, une centaine de policiers sont alignés devant les grilles, des contrôles d’identité ont lieu à l’entrée. En fin de matinée, les étudiants ont fait un sit-in et sont désormais regroupés devant le bâtiment central. Cependant, la manifestation est à l’origine interne à la fac : ils protestent contre les frais de scolarité trop élevés – plus de 150 LE au lieu des 14 prévues par la loi – ainsi que contre le fait que ces façons de faire portent atteinte à la qualité de l’enseignement en Egypte. Pourtant, certains annoncent leur solidarité avec les autres et souhaitent donner au mouvement un impact plus important : « Dites au monde qu’on veut changer tout ça, qu’on en a marre ! » nous explique l’un d’eux. Le porte-parole étudiant du parti Nassérien déclare qu’ils veulent réussir à unir l’Egypte et protestent contre le régime actuel. « Va-t-en Moubarak » scandent-ils en chœur. Certains nous demandent très sérieusement« Pouvez-vous aider l’Egypte ? » Je sens réellement leur envie de tout faire et de saisir chaque occasion pour faire avancer les choses ;
Mais finalement, ici encore, c’est le calme qui règne. La révolution attendue par certains n’aura pas eu lieu cette fois-ci…


Une amie vient d'écrire un long article sur la situation actuelle, je me permets d'en reprendre certains passages très intéressants afin de mieux vous expliquer les évènements de ces jours-ci...

L'objectif de la journée - celle du 6 avril -était de rester chez soi, de ne rien consommer, et d'ailleurs de fermer tous les magasins. Finalement, tout était ouvert, même si les rues étaient malgré tout plus vides que d'habitude. Mais est-ce l'effet des appels à la grève ou bien du mauvais temps ? Je n'en sais rien. S'il ne s'est pas passé grand chose au Caire, un autre mouvement de plus grande ampleur avait lieu à Mahallah, une usine de textile dans le Delta. Le mot d'ordre des organisateurs était double : soutenir les ouvriers en grève à Mahallah et protester contre l'inflation généralisée des prix à laquelle on assiste actuellement. L'appel à la grève avait commencé principalement via Internet, notamment grâce à un groupe sur Facebook, ayant atteint 65 000 personnes. Ca n'est pas rien, et même si seuls 10 à 12% des égyptiens ont accès à Internet, le bouche à oreille a vraisemblablement bien fonctionné puisque même mon bawâb était au courant. Le soir, j'ai d'ailleurs discuté avec lui, et ça n'est pas la première fois que je l'écoute en me disant que, tiens donc, il a quelque chose d'un révolutionnaire sous sa galabeyya de saïdi. Ou pas. Car nous sommes, en Egypte, ce pays où la politique est partout et nulle part à la fois.
La politique est partout, surtout en ce moment. Avec les élections municipales, les affiches pour les candidats sont placardées sur tous les murs du Caire. Plus que jamais, les frères musulmans (qui loin d'être mes meilleurs amis constituent la principale force d'opposition du pays) font parler d'eux. La police a arrêté de manière tout à fait arbitraire 800 d'entre eux, le tout bien entendu dénoncé par de nombreux mouvements pour les droits de l'homme, dont Amnesty International. Les frères musulmans n'ont d'ailleurs pas soutenu la manifestation de dimanche, et appellent depuis lundi à boycotter les élections municipales. Il y a fort à parier qu'ils n'ont plus assez de candidats pour risquer de subir de plus amples arrestations au cours d'une manifestation, ou pour simplement obtenir des scores qui reflètent leur soutien réel au sein de la population - qui est très fort. Tout le monde, ou presque, déteste le régime et le critique ouvertement. Mais tout le monde - ou presque, là aussi, vu des inégalités abyssales qui existent dans ce pays - est bien plus préoccupé par s'approvisionner en pain (cf article précédent) plutôt qu'à faire la Révolution.
Et ainsi, la politique est en même temps nulle part, et je serais bien la dernière à blâmer les égyptiens même si je trouve ça forcément dommage. Quand on voit qu'on peut vivre en France, (c'est-à-dire un pays avec des médias libres, des élections libres, des discussions libres sur tout et n'importe quel sujet de société et même des cours d'éducation civique à l'école pour nous dire que voter c'est important et que la démocratie c'est génial), et malgré tout être complètement apolitisé, on imagine aisément qu'on puisse l'être en Egypte. Tous les jeunes sont nés sous Moubarak (puisqu'il est au pouvoir depuis plus de 25 ans) et la plupart ne savent donc pas ce que c'est que d'avoir une alternance politique normale, ou d'avoir un quelconque engagement politique, social ou autre. Bien sûr, quelques uns réussissent à garder un esprit plus alerte, et entretiennent la blogosphère tout en alimentant les bancs des filières de sciences politiques de l'université du Caire, mais ils sont une minorité. Et tout ça a lieu dans un pays où l'illettrisme reste d'actualité, ou la censure continue d'exister et où chacun sait que se faire embarquer par la police implique probablement de se faire tabasser, et pourquoi pas torturé. Alors comment en vouloir aux égyptiens de ne pas se soulever en masse ?

Mais cette histoire de pain, et d'inflation, voilà quelque chose qui pourrait vraiment faire bouger les choses. Toutes proportions gardées, évidemment, quel est le point commun entre 1789 et 2008 en Egypte ? Pénurie de pain. Oui, je sais, je peux sortir avec mes parallèles à deux balles. N'empêche qu'on peut tenir un pays sous le joug d'une dictature beaucoup plus facilement quand celui-ci ne meurt pas de faim. Et c'est ce qui se passe en Egypte, où malgré Moubarak, malgré la corruption, malgré l'Etat d'urgence instauré depuis plus de 25 ans, malgré la pauvreté et le fait que le peuple ne bénéficie absolument pas des bénéfices de la croissance économique forte du pays (croissance égyptienne : 6% - croissance indienne, pour comparaison : 7,5%...), malgré les alliances avec Israël et les Etats-Unis, les gens ne meurent pas de faim. Même si les gens ne mangent que du pain et du foul, ils ne meurent pas de faim.

[...]

Ce pays risque beaucoup, et risque de subir de sérieuses déconvenues. L'Egypte n'est pas "stable", comme on pourrait le croire ; elle "stagne", voire régresse. Moubarak a annoncé qu'il cèderait le pouvoir dans deux ans, tout en ayant fait passer les réformes constitutionnelles nécessaires pour que son fils Gamal puisse lui succéder sans trop de problèmes - normalement. Or, chaque transition politique dans un pays non-démocratique rend généralement le pays fragile, même si l'hypothèse d'un report du départ de Moubarak est loin d'être écartée. Ajoutons à ça que beaucoup de gens ont intérêt à ce que l'Egypte soit déstabilisée, notamment ceux qui veulent porter atteinte aux intérêts américains, et que je suis très sceptique quant à l'efficacité des mesures anti-terroristes égyptiennes. Parallèlement, l'état de l'opposition au régime est assez désolant, entre le poids Frères Musulmans et la désorganisation des partis libéraux. Que se passera-t-il dans les deux prochaines années, donc ? Grande question, mais il y a fort à parier qu'il va se passer beaucoup de choses. Et si c'est juste très dommage que les média internationaux ne s'intéressent pas plus à l'Egypte d'aujourd'hui, je parie qu'elle fera la une de plus d'un journal TV d'ici pas très longtemps... même si je me suis suffisamment attachée à ce pays pour espérer perdre mon pari.

Photos du Caire lors de la grève du 6 avril

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Fourgons des forces spéciales rue Talaat Harb (Photo : Anonyme)

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Groupe en attente - policiers en uniforme et hommes en civil - sur la
Place Talaat Harb (Photo : Anonyme)


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Troupes sur la Place Tahrir (Photo : Anonyme)

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Arrestation sans ménagement (Photo : Anonyme)

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Dispositif policier devant les grilles de l'Université (Photo : Anonyme)

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Manifestation étudiante devant le bâtiment central (Photo : Anonyme)

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Des étudiants qui scandent des slogans adressés au Doyen (Photo : Anonyme)

Simulacre d'élections et constestations

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Un Egyptien vote le 8 avril 2008 au Caire lors des municpales (AFP)

Aujourd'hui se déroulaient les élections municipales en Egypte. Reportées il y a deux ans, elles étaient attendues mais n'ont pas rassemblées les foules.

Bien que ce ne soient pas les maires qui soient élus mais les conseils municipaux, ces élections sont primordiales pour tous les partis d'opposition. En effet, ce sont ces conseillers qui donnent les signatures nécessaires à un candidat pour se présenter à l'élection présidentielle - nombre fixé à 250 en 2005. Par conséquent, pour ces partis, les Frères Musulmans en priorité, c'est le moyen de réussir à sortir du lot et de pouvoir présenter un candidat, sous l'étiquette "indépendant" après avoir réussi à faire un score de 20% aux dernières législatives

Malheureusement, la majeure partie de leurs candidats ont été empêchés de se présenter, et on dénombre plus de 900 arrestations durant la campagne... Il en résulte que les candidats du PND - parti au pouvoir - sont assurés d'être victorieux, n'ayant plus aucune concurrence.

Les Egyptiens, eux, ne s'intéressent que peu à ces élections. Certains ne savaient même pas qu'elles se déroulaient aujourd'hui. Quant aux autres, beaucoup ne voyaient pas l'utilité d'aller voter, l'issue étant connue par avance.

Quand la corruption et les atteintes à la liberté rendent tout un peuple fataliste...

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La policie anti-émeutes ouvre le feu sur des manifestants à Mehallah, au nord du Caire, le 7 avril 2008 (AFP)

Notons tout de même qu'un grand mouvement de contestation - pour l'instant sans conséquence certes - commence à naître en Egypte, et il y a fort à parier qu'avec la crise actuelle, la situation n'évoluera pas beaucoup d'ici 2010, date des prochaines élections présidentielles. Espérons que les choses finiront par bouger.

Voir également l'article du Courrier International : Un simulacre d'élections sur fond de tension sociale et la dépêche de l'AFP : municipales sur fond de violente contestation sociale.

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